Ebola, choléra, VIH : les systèmes de santé africains sous pression

L’accélération spectaculaire de l’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo (RDC), la propagation du choléra au Soudan et les inquiétudes croissantes liées à la baisse des financements internationaux pour la lutte contre le VIH dominent l’actualité sanitaire africaine. Alors que l’Ouganda vient officiellement de mettre fin à son épidémie d’Ebola, plusieurs pays du continent restent confrontés à des urgences sanitaires qui mettent à rude épreuve leurs systèmes de santé.
La République démocratique du Congo fait face à l’une des plus graves flambées d’Ebola de son histoire. Au 30 juillet 2026, les autorités sanitaires recensaient 3 360 cas confirmés et 1 487 décès, des chiffres qui rapprochent déjà cette épidémie de celle de 2018-2020, laquelle avait totalisé 3 470 cas après près de deux années de lutte.
La différence réside toutefois dans la rapidité de propagation. En moins de deux mois et demi, l’épidémie actuelle a pratiquement atteint le niveau de la précédente, établissant un rythme de diffusion inédit dans le pays. Selon Julien Harneis, coordonnateur des Nations Unies pour la lutte contre Ebola, le nombre de cas double désormais en une vingtaine de jours.
Sur le terrain, les acteurs humanitaires s’inquiètent de cette accélération. « Il n’y a aucun doute que le virus progresse plus vite que nous ne pouvons le contenir », prévient Onesphore Bangenza, responsable de la réponse de Mercy Corps à Bunia.
Bien que l’épicentre demeure la province de l’Ituri, où 48 zones de santé sont affectées, la maladie touche désormais cinq provinces congolaises, compliquant davantage les opérations de riposte.
Une crise sanitaire qui aggrave la faim
Au-delà des conséquences médicales, l’épidémie provoque une aggravation de la situation humanitaire. Les restrictions de déplacement, les perturbations des échanges commerciaux et les difficultés d’accès aux marchés fragilisent davantage des populations déjà éprouvées par plusieurs années de conflits armés.
En visite le 29 juillet dans la localité de Rwampara, en Ituri, le directeur exécutif par intérim du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau, a décrit la situation comme une véritable « crise sur une crise ».
Selon le PAM, près de cinq millions de personnes vivent déjà dans une situation d’insécurité alimentaire d’urgence dans l’est de la RDC. Dans les 48 zones de santé affectées par Ebola, 2,7 millions de personnes souffrent de faim aiguë, dont 628 000 se trouvent dans des conditions qualifiées de catastrophiques. À elle seule, la province de l’Ituri concentre près de 1,9 million de personnes touchées.
Depuis le début de la flambée, le PAM a distribué plus de 160 000 repas chauds aux malades, aux personnes contacts ainsi qu’aux équipes de première ligne réparties dans dix-sept centres de traitement et d’isolement.
L’Ouganda met fin à son épidémie mais reste en alerte
À l’inverse de son voisin congolais, l’Ouganda est parvenu à interrompre la transmission du virus sur son territoire. Le 29 juillet 2026, les autorités ont officiellement annoncé la fin de l’épidémie après quarante-deux jours sans nouveau cas, délai calculé à partir de la guérison du dernier patient confirmé, sorti de l’hôpital le 16 juin.
Au total, le pays a enregistré 20 cas confirmés, dont deux décès. Parmi ces cas, quinze étaient importés de la RDC, tandis que cinq correspondaient à des transmissions locales ayant principalement concerné des professionnels de santé.
Les 836 personnes contacts identifiées ont toutes été suivies jusqu’au terme de leur période de surveillance. Malgré cette victoire, Kampala ne baisse pas la garde. Les autorités maintiennent un important dispositif de surveillance aux frontières avec la RDC et ont conclu un protocole de coopération transfrontalière avec Kinshasa.
L’Ouganda a également installé deux laboratoires mobiles ainsi que deux unités de traitement Ebola de 80 lits dans les localités d’Aru et de Kasenyi, situées dans le nord-est de la RDC, afin de contribuer directement aux efforts de riposte.
Le choléra progresse au Soudan
Pendant que la RDC lutte contre Ebola, le Soudan continue de faire face à une recrudescence du choléra dans un contexte de guerre civile. Au 10 juillet, l’Organisation mondiale de la Santé recensait 1 330 cas et 114 décès, avec une extension de la maladie à quatre États : le Kordofan occidental, le Kordofan-Nord, le Darfour du Sud et Khartoum.
La situation est particulièrement préoccupante à Tawila, dans le Darfour du Nord, où plus de 1 500 cas suspects ou confirmés ont été enregistrés depuis juin. Le Réseau des médecins soudanais alerte également sur la situation dans la région de Bara, où plus de 200 000 habitants, dont 20 000 enfants, sont confrontés simultanément au choléra, à la rougeole et à une grave pénurie de médicaments.
La guerre continue d’aggraver cette crise sanitaire. Près de 40 % des établissements de santé du pays sont aujourd’hui hors service, tandis que l’OMS ne disposerait que d’environ un tiers des financements nécessaires pour mener ses opérations humanitaires. Au total, 33 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. L’agence onusienne redoute notamment qu’El-Obeid ne devienne un nouvel épicentre de la crise si les combats continuent de limiter l’accès aux soins.
Le recul des financements menace la lutte contre le VIH
Au-delà des épidémies, les experts s’inquiètent de l’avenir de la lutte contre le VIH sur le continent. Depuis janvier 2025, la réduction des financements américains, notamment à travers les programmes PEPFAR et USAID, fragilise plusieurs systèmes de santé africains.
Le budget du PEPFAR, qui atteignait 5,85 milliards de dollars en 2025, ne représenterait plus que 2,9 milliards de dollars en 2026, selon les données présentées lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2026).
Les projections sont préoccupantes. Une étude du Massachusetts General Hospital estime qu’une suppression complète du programme pourrait entraîner 570 000 nouvelles infections au VIH en Afrique du Sud d’ici 2034. Les organisations de la société civile sud-africaines alertent déjà sur les conséquences de ces réductions budgétaires, qui touchent particulièrement les adolescentes et les jeunes femmes, parmi les populations les plus exposées.
Le Ghana renforce sa préparation aux urgences sanitaires
Face à ces défis, plusieurs pays poursuivent le renforcement de leurs capacités sanitaires. Au Ghana, les autorités sanitaires et leurs partenaires ont présenté, le 30 juillet à Accra, les résultats de la première revue annuelle d’un projet visant à améliorer la préparation aux urgences sanitaires. Cette initiative permet notamment de renforcer les capacités des laboratoires, d’améliorer la surveillance épidémiologique, de développer des systèmes d’alerte précoce et de former le personnel de santé.
Selon la Dre Caroline Reindorf Amissah, directrice générale adjointe du Ghana Health Service, cette revue a permis d’évaluer les progrès accomplis tout en identifiant les domaines nécessitant des améliorations afin de mieux préparer le pays aux futures crises sanitaires.
Le Burkina Faso enregistre des avancées contre le paludisme
Au Burkina Faso, le bulletin trimestriel publié par l’OMS fait état de résultats encourageants dans plusieurs domaines de santé publique. Le pays a enregistré en 2025 une baisse de 32 % des cas de paludisme, passés de 10,8 millions à 7,3 millions. La mortalité liée à cette maladie a diminué de 44 %, permettant d’éviter plus de 1 500 décès.
La campagne 2026 de chimio-prévention saisonnière cible près de cinq millions d’enfants âgés de trois mois à cinq ans. Parallèlement, les autorités ont validé la nouvelle Stratégie nationale de développement sanitaire 2026-2030 avec l’appui de l’OMS. Le pays poursuit également ses efforts contre la résistance aux antimicrobiens et dans la lutte antitabac. Un projet d’arrêté instaurant le conditionnement neutre des produits du tabac a été validé afin de réduire une consommation responsable d’environ 4 800 décès par an.
Enfin, vingt-cinq nouveaux épidémiologistes de terrain ont été certifiés dans le cadre du programme FETP Frontline, portant à 523 le nombre de spécialistes formés depuis 2016, un renforcement important pour la surveillance des maladies et la réponse aux futures urgences sanitaires.
Jean NDI



















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