Nigeria : Gavi promet plus de 500 millions de dollars pour la vaccination, sur fond de baisse des financements internationaux

En visite officielle à Abuja, la directrice générale de Gavi, l’Alliance du vaccin, Sania Nishtar, a annoncé un nouvel engagement financier de plus de 500 millions de dollars américains en faveur du programme nigérian de vaccination sur les cinq prochaines années. Saluée par le président Bola Ahmed Tinubu, cette enveloppe intervient toutefois dans un contexte de contraction des ressources de l’organisation, consécutive notamment au retrait des États-Unis de son financement. Si cet appui confirme la volonté de poursuivre les efforts d’immunisation dans le pays comptant le plus grand nombre d’enfants « zéro dose » au monde, il soulève également des interrogations sur la capacité du Nigeria à financer progressivement son propre programme vaccinal.
Reçue le vendredi 31 juillet 2026 par le président nigérian Bola Ahmed Tinubu à Abuja, la directrice générale de Gavi, Sania Nishtar, a réaffirmé l’engagement de l’Alliance du vaccin en faveur du renforcement de la couverture vaccinale au Nigeria. À cette occasion, elle a annoncé une contribution de plus de 500 millions de dollars américains, destinée à soutenir les campagnes de vaccination dans le pays au cours des cinq prochaines années. « Nous allons vacciner toute une génération d’enfants dans ce grand pays », a déclaré Sania Nishtar, mettant en avant la volonté de Gavi d’accompagner le Nigeria dans la protection des enfants contre les maladies évitables par la vaccination.
Le président Bola Tinubu a, pour sa part, salué ce partenariat qu’il a qualifié de « précieux » et réaffirmé l’engagement de son gouvernement à poursuivre la coopération avec l’Alliance afin d’améliorer les performances du système national de vaccination.
Une enveloppe importante, mais inférieure aux financements récents
Si cette annonce traduit la poursuite de l’appui de Gavi au Nigeria, elle révèle également une évolution des capacités financières de l’organisation. Réparti sur cinq ans, le financement annoncé représente en moyenne 100 millions de dollars par an. Ce montant reste nettement inférieur aux 261 millions de dollars déboursés par Gavi au profit du Nigeria au cours de la seule année 2025. À cette contribution s’ajoutaient environ 90 millions de dollars mobilisés par le gouvernement fédéral nigérian. Même si ces financements ne couvrent pas exactement les mêmes composantes du programme vaccinal, la comparaison illustre une diminution des ressources disponibles.
Depuis le début de son partenariat avec Abuja il y a plus de deux décennies, Gavi affirme avoir investi près de 2,4 milliards de dollars dans le renforcement de la vaccination au Nigeria.
Le retrait des États-Unis fragilise Gavi
Cette réduction des financements intervient dans un contexte marqué par les difficultés budgétaires auxquelles fait face Gavi. Lors de la conférence de reconstitution des ressources organisée à Bruxelles en juin 2025 pour financer la période 2026-2030, l’Alliance a obtenu 9 milliards de dollars de promesses de financement, alors que son objectif était fixé à 11,9 milliards de dollars.
Le déficit de 2,9 milliards de dollars est principalement attribué au retrait des États-Unis, qui assuraient jusque-là environ 13 % du financement de l’organisation. Cette décision pourrait avoir d’importantes conséquences sur les programmes de vaccination dans les pays à faible revenu.
Selon les estimations de Gavi, l’absence de ces financements pourrait entraîner plus de 1,2 million de décès supplémentaires d’enfants d’ici à 2030, faute d’un accès suffisant aux vaccins essentiels. L’Alliance garde néanmoins l’espoir de récupérer une partie des ressources. Une enveloppe de 600 millions de dollars, déjà approuvée par le Congrès américain, reste disponible mais deviendra caduque à la fin du mois de septembre si elle n’est pas effectivement débloquée.
Le Nigeria appelé à financer davantage sa vaccination
Au-delà des difficultés financières de Gavi, le Nigeria se trouve lui-même à une étape importante de son partenariat avec l’alliance. Le pays fait partie des onze États classés en “transition accélérée”, dernière phase avant la fin progressive du soutien financier de Gavi. Conformément au principe de cofinancement adopté par l’organisation, la contribution nationale doit augmenter progressivement à mesure que le niveau de revenu du pays s’améliore.
Actuellement, Gavi prend encore en charge environ 70 % des dépenses liées à la vaccination, contre 30 % pour le gouvernement nigérian. À terme, cette répartition devra progressivement s’inverser jusqu’à ce que le Nigeria finance intégralement son programme de vaccination. Cette évolution représente un défi majeur pour les autorités, alors que le pays abrite toujours le plus grand nombre d’enfants « zéro dose » au monde, c’est-à-dire des enfants n’ayant reçu aucun vaccin depuis leur naissance.
Les disparités entre États compliquent la couverture vaccinale
Pour accélérer cette transition, Gavi encourage également les gouvernements des différents États fédérés à accroître leur participation financière.
Toutefois, les capacités budgétaires varient fortement d’un État à l’autre. Des régions économiquement dynamiques comme Lagos disposent de marges de manœuvre plus importantes que des États du nord du pays tels que Sokoto ou Zamfara, où vivent pourtant une proportion importante des enfants non vaccinés. À ce stade, aucun mécanisme national de solidarité financière entre États n’a été présenté pour réduire ces inégalités territoriales et garantir un accès équitable aux services de vaccination.
L’ambition de développer une industrie vaccinale africaine
Au cours de la rencontre avec les autorités nigérianes, Sania Nishtar a également mis en avant le programme continental destiné à soutenir la production locale de vaccins en Afrique. Gavi prévoit un mécanisme de financement de 1,2 milliard de dollars afin d’accompagner le développement d’une industrie vaccinale africaine capable de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des importations. Le président Tinubu a salué cette initiative, estimant que le programme d’accélération de la production de vaccins au Nigeria contribuera à renforcer les capacités industrielles de l’Afrique.
Toutefois, plusieurs défis demeurent. Si la production locale constitue une avancée stratégique, elle ne résout pas à elle seule les difficultés opérationnelles liées aux campagnes de vaccination. Le financement des chaînes du froid, la logistique de distribution, les équipes de vaccination et les opérations de sensibilisation auprès des communautés restent indispensables pour atteindre les enfants vivant dans les zones les plus reculées, notamment dans le nord du Nigeria.
Dans ce contexte, le maintien des acquis de la vaccination dépendra autant des investissements industriels que de la capacité des autorités nationales et des partenaires internationaux à garantir un financement durable des services de santé de proximité.
Albert BOMBA



















Green And Health news a été crée afin de contribuer au developpement médiatique au Cameroun.