Bassin du Congo : Le RADD alerte sur l’érosion des semences paysannes

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À la deuxième conférence du bassin du Congo, organisée du 25 au 27 août 2026 à Yaoundé, le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) met en avant un enjeu stratégique : la préservation de la diversité semencière paysanne. Pour Marie-Crescence Ngobo, secrétaire exécutive du RADD, sauvegarder ces semences revient à protéger à la fois la biodiversité, les savoirs locaux et la souveraineté alimentaire des communautés.

Au cœur de la contribution du RADD à cette rencontre sous-régionale figure la valorisation des systèmes semenciers paysans. L’organisation entend notamment démontrer l’ampleur de la diversité génétique présente dans le bassin du Congo, aussi bien à travers les semences agricoles que celles associées aux produits forestiers non ligneux. Une richesse que le réseau considère comme un patrimoine à préserver face à une érosion progressive des variétés locales. « Nous avons besoin de les préserver, de les conserver et de les valoriser de manière à ne pas les perdre », souligne Marie-Crescence Ngobo.

Pour la responsable, la disparition des semences paysannes ne constituerait pas seulement une perte agricole. Elle entraînerait également un affaiblissement des racines culturelles et de l’autonomie alimentaire des populations. Cette diversité semencière représente en effet, selon le RADD, un levier essentiel de souveraineté. La capacité des communautés à conserver, reproduire et utiliser leurs propres semences leur permet de maîtriser une partie fondamentale de leur système alimentaire. À l’inverse, une dépendance accrue à des semences extérieures peut limiter leur marge de décision et leur capacité à adapter leurs productions à leurs propres réalités.

Des semences adaptées au changement climatique

Au-delà de leur valeur culturelle et économique, les semences paysannes présentent également un intérêt particulier dans le contexte du changement climatique. Certaines variétés locales sont adaptées aux conditions agroécologiques de leurs territoires et peuvent offrir une meilleure résilience face aux évolutions du climat. Pour le RADD, cette capacité d’adaptation en fait un support important de la transition agroécologique. La conservation des semences locales permettrait ainsi de maintenir une diversité génétique susceptible d’aider les agriculteurs à faire face aux sécheresses, aux variations des saisons agricoles ou à d’autres perturbations environnementales.

Marie-Crescence Ngobo insiste également sur le lien étroit entre semences, alimentation et santé. Les variétés paysannes constituent la base de la production d’aliments destinés aux communautés. Lorsqu’elles sont cultivées selon des pratiques respectueuses des écosystèmes, elles peuvent contribuer à la disponibilité d’une alimentation saine et diversifiée. Certaines ressources végétales sont par ailleurs traditionnellement utilisées pour leurs propriétés médicinales.

La préservation des semences apparaît donc, pour le RADD, comme une composante à part entière de la construction de systèmes alimentaires durables. Il ne s’agit plus seulement de conserver des variétés dans des banques ou des collections, mais de maintenir vivants les savoir-faire et les pratiques qui permettent aux communautés de les reproduire et de les utiliser.

Une urgence sous-régionale

L’urgence est d’autant plus grande que l’érosion des semences paysannes progresse rapidement. Face à cette situation, le RADD appelle à une mobilisation collective au Cameroun et dans l’ensemble de la sous-région. La préservation de la diversité semencière doit, selon l’organisation, associer producteurs, communautés, organisations de la société civile, chercheurs et pouvoirs publics.

La deuxième conférence du bassin du Congo constitue ainsi une tribune pour sensibiliser les différents acteurs à la nécessité de protéger ce patrimoine génétique. Pour le RADD, l’enjeu dépasse largement les frontières nationales : il concerne l’ensemble du bassin du Congo, où la diversité biologique et culturelle constitue l’un des principaux atouts pour construire des systèmes alimentaires capables de résister aux changements à venir.

Préserver les semences paysannes, c’est donc aussi préserver une mémoire collective et une capacité d’action pour les générations futures. Dans cette perspective, le RADD entend faire de la conservation et de la valorisation de la biodiversité semencière un pilier du combat pour la souveraineté alimentaire et la transition agroécologique dans le bassin du Congo.

Jean Luc Atangana

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