Sécurité alimentaire : L’Afrique perd son assurance vie agricole face au changement climatique

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Un rapport majeur publié le 12 février 2026 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tire la sonnette d’alarme. Le continent africain voit sa diversité génétique végétale disparaître à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale, menaçant directement la sécurité alimentaire de millions de personnes.

L’étude, intitulée « The Third Report on the State of the World’s Plant Genetic Resources for Food and Agriculture », révèle que les variétés locales ces semences transmises de génération en génération s’effacent au profit de variétés commerciales moins résilientes. Des cultures de base comme le sorgho, le millet, l’igname et le riz traditionnel sont les premières victimes de ce déclin.

L’extinction de ces variétés locales réduit drastiquement les options des agriculteurs face aux sécheresses intenses. Ces plantes possèdent pourtant des caractéristiques génétiques uniques, adaptées aux sols et aux climats spécifiques de chaque région. Le pourcentage des variétés végétales locales considérées comme étant menacées d’extinction varie selon les sous-régions du continent : Afrique australe (42%), Afrique centrale (29%), Afrique du Nord (26%), Afrique de l’Ouest (18%) et Afrique de l’Est (6%).

Déclin critique des plantes alimentaires sauvages

Au-delà des champs cultivés, c’est tout un “filet de sécurité” nutritionnel qui s’effondre. Plus de 70% des plantes alimentaires sauvages évaluées en Afrique sont menacées d’extinction. Des arbres emblématiques et nutritifs comme le baobab, le karité, le marula et le manguier africain subissent de plein fouet la perte d’habitat et le stress climatique.

De même, les légumes-feuilles indigènes, essentiels à l’équilibre nutritionnel local (amarante, morelle africaine, feuilles de niébé), disparaissent plus vite qu’ils ne sont conservés.

L’effondrement des banques de gènes africaines

Le constat le plus alarmant concerne les capacités de conservation. L’Afrique ne possède que 6% des banques de gènes mondiales (59 banques), loin derrière l’Europe qui en concentre 52%.

Les chiffres illustrent une vulnérabilité extrême dont seules 14% des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées sont conservées en banque. Sur les 220 000 échantillons de semences stockés (représentant environ 134,2 millions de FCFA d’investissement en valeur de conservation théorique), moins de 10% sont dupliqués en toute sécurité.

Face à cette érosion génétique irréversible, la FAO appelle à une mobilisation immédiate. Il ne s’agit pas seulement de construire des chambres froides, mais de soutenir les communautés agricoles en tant que gardiennes vivantes de cette diversité.

Le rapport préconise un investissement massif dans les infrastructures de conservation et la duplication des collections ; le renforcement des capacités scientifiques locales pour la sélection de plantes résilientes ; le soutien aux systèmes semenciers paysans pour maintenir les variétés locales directement dans les exploitations.

La survie des systèmes agroalimentaires africains dépend de cette capacité à préserver ces briques génétiques qui permettront de créer les cultures de demain, capables de résister à une chaleur toujours plus intense.

Jean NDI

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