Santé des sols en Afrique : 80 % des terres agricoles africaines en péril

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Alors que 80 % des surfaces arables sont dégradées, la restauration de la santé des sols devient l’impératif absolu pour garantir la sécurité alimentaire du continent.

L’enjeu est colossal. L’agriculture pèse pour 25 % du PIB africain et fait vivre 60 % de la population active, selon la Banque africaine de développement (BAD). Pourtant, ce moteur tourne à bas régime. En cause, une détérioration rapide des capacités productives des terres.

Le constat dressé par la Banque mondiale est sans appel. La majorité des terres agricoles subit des contraintes biophysiques ou chimiques. En 2010, près de 38 % des ruraux en Afrique subsaharienne survivaient déjà sur des sols dégradés. Déforestation, surpâturage et irrégularité des pluies se conjuguent pour provoquer érosion, salinisation et baisse de fertilité.

Cette mauvaise santé des sols annihile les efforts de modernisation. Selon le Centre international de développement des engrais (IFDC), les semences améliorées ne permettent d’augmenter les rendements que de 28 % en Afrique, contre 88 % en Asie. « En conséquence et en termes de valeur absolue, les rendements des céréales restent excessivement faibles, avec des moyennes avoisinant 1,45 t/ha, comparées à des moyennes de 3,20 t/ha en Inde et à 6,08 t/ha en Chine, sans parler de la faible valeur nutritionnelle de certaines denrées produites », affirme l’IFDC.

Au-delà de la quantité, c’est aussi la valeur nutritionnelle des récoltes qui s’affaiblit, menaçant directement la santé publique.

L’engrais seul ne suffira pas

Depuis la déclaration d’Abuja en 2006, les pays africains visent un objectif de 50 kg d’engrais par hectare. Mais l’usage exclusif de fertilisants minéraux montre ses limites. L’organisation AGRA révèle qu’environ 10 à 40 % des champs ne répondent plus aux engrais inorganiques. « Beaucoup de petits exploitants au Nigeria cultivent aujourd’hui sur des terres qui ne sont plus suffisamment fertiles, avec de faibles teneurs en nutriments et autres éléments essentiels, et parfois sur des sols à faible capacité de rétention. Aujourd’hui, le grand enjeu est de savoir comment régénérer et améliorer la santé des sols et leur teneur en nutriments, tout en veillant à ce que les agriculteurs connaissent la composition de leurs sols. Ceux-ci doivent comprendre quelles cultures se comporteront le mieux sur tel ou tel type de sol, et quel type d’amendement ou d’apport nutritif est le plus adapté à chaque profil de sol » explique Idris Rufus, directeur pays pour AGRA au Nigeria.

Initiatives et stratégies 2024-2034 pour la riposte

Face à l’urgence, la mobilisation s’organise à plusieurs échelles notamment le Programme Soil Values (2024-2034), lancé avec l’appui des Pays-Bas, ce projet vise à restaurer 2 millions d’hectares dans le Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger, Nord-Nigeria) au profit de 1,5 million de producteurs ; la Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols (ISFM), une méthode combinant engrais minéraux, matière organique et outils numériques pour délivrer des conseils localisés plutôt que des recommandations génériques ; le plan AFSHAP, adopté à Nairobi en 2024, ce plan d’action continental sur 10 ans vise à inverser la dégradation des terres à l’échelle du continent.

Les défis de la mise en œuvre

Le chemin reste semé d’embûches. L’enclavement de certaines régions renchérit le coût des intrants, tandis que l’accès aux laboratoires d’analyse des sols demeure un luxe pour le petit producteur.

Le renforcement des capacités humaines est l’autre grand chantier. Pour les experts, la transformation ne pourra se faire sans une armée d’agents de vulgarisation capables de traduire les données scientifiques en pratiques agricoles concrètes sur le terrain.

Dans un contexte de changement climatique et d’urbanisation galopante, la terre n’est plus seulement une ressource, elle est devenue une question de survie nationale.

Jean NDI

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