Cameroun : Le pari de l’approche PEN-Plus pour vaincre les maladies chroniques en zone rurale

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Longtemps centralisée dans les métropoles, la prise en charge des maladies chroniques graves entame sa mutation au Cameroun. Grâce à la stratégie PEN-Plus, des hôpitaux de district comme celui de Mfou transforment le quotidien de milliers de patients en traitant localement des pathologies lourdes autrefois réservées aux grands centres urbains.

​​Pour les 300 000 Camerounais vivant avec la drépanocytose et les 20 000 souffrant de diabète de type 1, l’accès aux soins a longtemps été synonyme de parcours du combattant. Jusqu’à récemment, l’absence de services spécialisés en zone rurale obligeait les familles à parcourir jusqu’à 200 kilomètres pour rejoindre un hôpital de référence.

​Ces déplacements, coûteux et épuisants, entraînaient souvent des retards de diagnostic ou des ruptures de traitement dramatiques. Les maladies non transmissibles (MNT) sont aujourd’hui responsables de 35 % des décès dans le pays, un chiffre que le gouvernement ambitionne de réduire drastiquement.

Mfou et Djoum : Les pionniers du changement

​Le tournant s’est opéré le 17 décembre 2025 avec l’ouverture des premières cliniques PEN-Plus à Mfou (Centre) et Djoum (Sud). Soutenue par l’OMS et le Hemsley Charitable Trust, cette phase pilote cible une population de 155 000 habitants.

​L’exemple de Jeanine, 17 ans, est emblématique. Atteinte de drépanocytose, elle n’est plus contrainte d’attendre une crise aiguë pour espérer des antidouleurs. « Avant, le coût et le manque de moyens étaient nos plus grands problèmes. Aujourd’hui, une personne est dédiée à mon suivi près de chez moi », confie la jeune fille.

​Une montée en compétence décisive du personnel local

​La réussite de PEN-Plus ne repose pas uniquement sur les infrastructures, mais sur un transfert de compétences pointu. À Mfou, une équipe multidisciplinaire (médecins, infirmiers, biologistes) a été formée aux protocoles cliniques standardisés pour la drépanocytose et ses complications, le diabète de type 1, l’asthme sévère, les cardiopathies chroniques. Mme Amogo, infirmière major, témoigne de cette autonomie nouvelle : « Ces formations nous donnent plus de réactivité. Récemment, nous avons stabilisé une patiente en détresse respiratoire en seulement trois heures. Avant, elle aurait dû être transférée vers un hôpital spécialisé ». 

​​Les premiers indicateurs de la phase pilote sont porteurs d’espoir. On note dès lors 55 consultations spécialisées réalisées en quelques mois, 4 cas critiques stabilisés sur place, évitant des évacuations coûteuses vers des structures de 1ère ou 2e catégorie.

​Cette dynamique s’inscrit dans la vision du Ministère de la Santé Publique. Selon le Dr Emah Manda Yannick, l’ambition est claire : étendre cette approche à 30 % des districts sanitaires d’ici 2030. L’objectif final est de réduire de 25 % la mortalité précoce liée aux MNT graves, en intégrant progressivement ces soins dans la Couverture Santé Universelle (CSU).

​Pour des patients comme Jeanine, PEN-Plus est plus qu’une stratégie médicale : c’est la promesse d’une vie où la maladie ne rime plus avec isolement géographique et précarité financière.

Françoise ESSONO

Crédit image : OMS Afrique

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