Gaz industriel : Les livraisons de GDC chutent de 62,92 % à Douala

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Le marché de l’énergie pour les entreprises de la capitale économique connaît un séisme sans précédent. Entre bras de fer réglementaire avec l’État, flambée des coûts et défections massives des clients industriels, Gaz du Cameroun (GDC) voit ses volumes s’écrouler, marquant une recomposition profonde du secteur.

Le dernier bulletin de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) fait état de ce que les livraisons de gaz naturel de Gaz du Cameroun (GDC) aux industriels de Douala ont enregistré une chute vertigineuse de 62,92 % au cours de l’année 2024. Établis à seulement 35,57 millions de mètres cubes, ces volumes témoignent d’une crise de confiance majeure entre l’opérateur et ses partenaires historiques.

Ce repli historique n’est pas uniquement le fruit d’aléas techniques. Si GDC invoque officiellement des travaux de maintenance sur ses infrastructures, la réalité du terrain est plus complexe. De nombreuses entreprises industrielles ont fait le choix radical de se déconnecter du réseau de distribution.

Cette fuite des clients s’explique par un environnement économique devenu étouffant. En mai 2023, la filiale du groupe britannique Victoria Oil & Gas (VOG) avait imposé une hausse de 20 % de ses tarifs, la première en dix ans, justifiée par l’explosion de ses coûts opérationnels. Une décision qui, selon de nombreux observateurs, a été l’étincelle de trop.

Un cumul de charges insupportable pour l’industrie

L’augmentation des tarifs de GDC est intervenue au pire moment pour les industriels de Douala, déjà confrontés à une triple pression fiscale et tarifaire. La loi de finances 2023 a instauré une Taxe Spéciale sur les Produits Pétroliers (TSPP) de 70 FCFA par mètre cube de gaz naturel. Les tarifs pour les grands comptes ont bondi de 30 % et les prix du carburant à la pompe ont enregistré des hausses allant jusqu’à 36,5 %.

Dans ce contexte de tempête parfaite, le gaz naturel a perdu son avantage comparatif de source d’énergie économique et stable.

La discorde n’est pas seulement commerciale, elle est aussi juridique. Dès l’annonce de la hausse des prix par GDC, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, est monté au créneau. S’appuyant notamment sur les dispositions du décret n°2023/232 du 4 mai 2023 fixant les modalités d’application de la loi n°2019/008 du 25 avril 2019 portant Code pétrolier, le membre du gouvernement a rappelé qu’en son article 115, alinéa 2-a, le prix du gaz domestique est soumis à une homologation préalable.

Malgré l’injonction de surseoir à cette augmentation, GDC a maintenu sa position, provoquant l’ire du Groupement des consommateurs de gaz à usage industriel. L’impasse est telle que le dossier a été porté à la haute sanction de la hiérarchie, signifiant que le règlement du conflit se joue désormais au sommet de l’État.

Vers une recomposition du marché de l’énergie

Conséquence directe de cette instabilité, les industriels opèrent un arbitrage stratégique vers des solutions jugées plus flexibles. Le gasoil et le Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) industriel regagnent du terrain. Des opérateurs comme Tradex ou Aza Afrigaz s’engouffrent dans la brèche avec des offres adaptées aux besoins des usines déçues par le gaz de réseau.

Pour GDC, l’année 2024 marque un tournant critique. Au-delà des enjeux de production sur les champs de Logbaba, l’entreprise fait face à un défi de survie commerciale notamment de restaurer la confiance d’une clientèle qui a appris, par la force des choses, à se passer de ses services.

Jean NDI

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