Transition énergétique : Une centrale à gaz pour briser le cycle des délestages au Tchad

Engagé dans une course contre la montre pour résorber son déficit énergétique, le Tchad ouvre un nouveau chapitre de sa stratégie nationale. En s’alliant au géant algérien Sonelgaz pour la construction d’une centrale à gaz à N’Djamena, le pays franchit une étape clé de son programme « Tchad Connexion 2030 ».

​​L’annonce, officialisée le 9 mai 2026 par le ministère tchadien de l’Eau et de l’Énergie, marque un tournant dans la coopération Sud-Sud. Une délégation de la Société nationale de l’électricité et du gaz (Sonelgaz) d’Algérie est actuellement à N’Djamena pour poser les jalons d’un projet d’envergure notamment la création d’une centrale électrique tri-combustible.

​Cette mission technique doit évaluer la faisabilité du projet, inspecter le site d’implantation et définir les modalités opérationnelles. Si les détails financiers et la capacité précise de l’infrastructure restent confidentiels, l’objectif est d’injecter une puissance stable et moins coûteuse dans le réseau de la Société nationale d’électricité du Tchad (SNE).

​Sortir de la dépendance au tout pétrole

​Actuellement, le système électrique tchadien souffre d’une fragilité chronique. Malgré une hausse de la capacité installée passée de 167 MW en 2024 à 300,5 MW en 2026 grâce au solaire et à la réhabilitation de sites, le pays reste tributaire de centrales thermiques alimentées par du fioul et du diesel importés, pesant lourdement sur les finances publiques.

​L’introduction du gaz dans le mix civil est une révolution attendue. Bien que le pays produise déjà du gaz associé via des opérateurs comme CNPC ou Perenco dans le sud, l’absence de gazoducs vers la capitale bloquait jusqu’ici son exploitation à grande échelle. Ce nouveau projet pourrait ainsi débloquer le potentiel gazier tchadien, plaçant le pays dans le sillage de ses voisins de la zone CEMAC, comme le Cameroun ou le Gabon.

​Tchad Connexion 2030 : Une ambition à 1,1 milliard de dollars

​Cette collaboration avec l’Algérie s’insère dans un plan global de modernisation chiffré à 670 milliards de FCFA (1,1 milliard de dollars). Les objectifs fixés par les autorités sont entre autres de porter le taux d’accès à l’électricité à 60 % d’ici 2030 (contre seulement 11 % en 2022) ; ajouter 866 MW de capacités supplémentaires, dont une part prépondérante (520 MW) issue de l’énergie solaire ; diversifier les partenaires, en complétant l’appui historique de la Banque mondiale et de la BAD par des expertises industrielles régionales.

​​Au-delà de l’accès domestique, l’enjeu est industriel. En réduisant les coûts de production et en sécurisant l’approvisionnement des centres urbains, N’Djamena espère lever l’un des principaux obstacles à la croissance économique. Le futur mix énergétique tchadien se dessine ainsi comme un modèle hybride, alliant le thermique gazier, le solaire (à l’image du projet Noor Tchad) et les interconnexions régionales, notamment le projet de liaison avec le Cameroun prévu pour 2027.

Albert BOMBA

Crédit image : Jeune Afrique

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