Foresterie urbaine en Afrique : Les arbres s’imposent comme un rempart contre le changement climatique et les inégalités urbaines

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Un nouvel ouvrage réunissant 34 études de cas africaines démontre que les espaces verts sont devenus des infrastructures essentielles pour la résilience climatique, la biodiversité et le bien-être des populations urbaines.

Face à l’accélération du changement climatique, à l’expansion rapide des villes et à la dégradation croissante des écosystèmes, les arbres et les espaces verts apparaissent désormais comme des outils stratégiques pour l’avenir des villes africaines. Longtemps considérés comme de simples éléments d’embellissement urbain, ils sont aujourd’hui perçus comme des infrastructures indispensables capables de renforcer la résilience des populations face aux défis environnementaux et sociaux.

C’est l’une des principales conclusions du livre Urban Forests and Green Spaces in Africa: Case Studies and Lessons from Across the Continent, récemment publié par Johannesburg City Parks and Zoo (JCPZ). Cet ouvrage collectif rassemble 34 études de cas provenant de 14 pays africains et met en lumière les nombreuses initiatives de foresterie urbaine développées à travers le continent.

De la restauration des zones humides à Kigali au Rwanda à la création de mini-forêts à Nairobi au Kenya, en passant par les programmes de végétalisation de quartiers exposés aux fortes chaleurs au Zimbabwe ou encore la réhabilitation d’espaces urbains dégradés en Afrique du Sud, le livre démontre que les solutions fondées sur la nature occupent désormais une place centrale dans les politiques urbaines africaines.

Des villes africaines de plus en plus exposées aux effets du changement climatique

Les auteurs rappellent que les villes africaines figurent parmi les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique. Selon les conclusions du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les épisodes de chaleur extrême, les vagues de chaleur prolongées ainsi que les températures nocturnes élevées deviennent de plus en plus fréquents sur le continent.

Parallèlement, les villes côtières font face à une augmentation des risques d’inondations liées aux précipitations extrêmes et à la montée du niveau des océans.

Dans ce contexte, les forêts urbaines et les espaces verts constituent des solutions efficaces pour atténuer ces effets. Au-delà de leur capacité à stocker du carbone, les arbres contribuent à réduire les températures urbaines, à améliorer la qualité de l’air, à filtrer les eaux de ruissellement, à protéger la biodiversité et à renforcer la santé physique et mentale des habitants.

Pour les auteurs, les espaces verts ne doivent plus être considérés comme un luxe réservé à certaines catégories sociales, mais comme un investissement essentiel dans l’avenir des villes africaines.

Une expertise africaine au cœur de l’ouvrage

L’ouvrage de 170 pages mobilise les contributions de 74 auteurs, dont près de 80 % sont originaires du continent africain. Cette forte représentation d’experts africains permet de mettre en avant des expériences locales et des solutions adaptées aux réalités du terrain.

Dans la préface, Thanduxolo Mendrew, directeur général de Johannesburg City Parks and Zoo, souligne l’importance des choix qui seront opérés au cours des prochaines années. « Les décisions prises au cours de la prochaine décennie sur les espèces que nous plantons, les lieux où nous les plantons, les populations qui auront accès aux espaces verts et la manière dont nous protégeons ces ressources détermineront la qualité de vie des générations futures dans les villes africaines », affirme-t-il.

Le débat sur le choix des espèces

Alors que les campagnes de reboisement urbain se multiplient sur le continent, une question revient régulièrement : quels arbres faut-il planter ? Au Kenya, la méthode japonaise Miyawaki, qui consiste à créer rapidement de petites forêts denses à partir d’espèces adaptées au milieu local, est utilisée depuis plusieurs années dans certains quartiers de Nairobi. Entre 2011 et 2020, plus de 236 000 plants ont ainsi été mis en terre dans le cadre de cette approche.

Au Niger, des études récentes menées dans 60 établissements scolaires de Niamey et Maradi ont montré que la présence d’espaces verts contribue à atténuer les températures extrêmes, améliore les conditions d’apprentissage et génère même des opportunités économiques pour certaines communautés.

À l’échelle continentale, l’Initiative africaine pour la restauration des paysages forestiers (AFR100) poursuit son objectif ambitieux de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030.

Cependant, les spécialistes mettent en garde contre certaines pratiques consistant à privilégier des espèces exotiques à des fins purement esthétiques, sans tenir compte des équilibres écologiques locaux.

Johannesburg mise sur les espèces indigènes

L’une des études de cas présentées dans l’ouvrage concerne Johannesburg, considérée comme l’une des plus grandes métropoles du continent. Les autorités municipales y ont progressivement abandonné les vastes plantations d’espèces exotiques pour favoriser une approche plus diversifiée reposant sur des essences locales.

Dans le cadre du projet de restauration du parc de Jukskei, situé dans le township d’Alexandra, les habitants participent activement à la réhabilitation des espaces naturels. Les actions entreprises comprennent l’élimination des plantes invasives, le recyclage des déchets, l’extension des espaces verts et la restauration des cours d’eau.

Parmi les espèces privilégiées figurent notamment Celtis africana et Combretum erythrophyllum, reconnues pour leur adaptation aux conditions écologiques locales. Selon les auteurs, cette approche favorise à la fois la biodiversité, la résilience climatique et l’appropriation communautaire des projets de verdissement.

L’Afrique de l’Est, laboratoire de la foresterie urbaine

Les études de cas provenant du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Rwanda, de l’Éthiopie et de Madagascar montrent une évolution notable des politiques urbaines dans la région. La foresterie urbaine y est désormais intégrée aux stratégies d’adaptation climatique, de santé publique et de préservation de la biodiversité.

Les exemples cités incluent notamment la restauration de la forêt de Karura à Nairobi, les écoparcs communautaires de Kigali ou encore les programmes de résilience climatique développés à Kampala.

Les chercheurs recommandent aux gouvernements africains de préserver au moins un grand espace naturel dans chacune de leurs capitales, à l’image du Parc écologique de Nyandungu au Rwanda ou de la forêt de Karura au Kenya.

Les défis persistants en Afrique de l’Ouest

Les expériences observées en Afrique de l’Ouest révèlent toutefois les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux projets de foresterie urbaine. À Ibadan, au Nigeria, une étude retrace la disparition progressive d’une forêt urbaine historique au profit d’un projet immobilier destiné aux catégories les plus aisées de la population. Cette situation illustre les pressions exercées par l’urbanisation rapide sur les espaces naturels.

Au Ghana, les chercheurs soulignent que les arbres plantés le long des routes sont souvent victimes de vandalisme ou d’un manque d’entretien, mettant en évidence la nécessité d’une meilleure implication des communautés locales dans leur protection.

Dans l’ensemble, les auteurs insistent sur l’importance d’une gestion durable des espaces verts urbains, fondée sur la participation citoyenne, la protection des écosystèmes existants et un accès équitable pour toutes les populations.

Les arbres, une véritable infrastructure urbaine

L’ouvrage suscite déjà un intérêt au-delà du continent africain. Parmi les experts ayant analysé les enseignements du livre figure l’arboriste mexicain Edgar Ojeda.

Selon lui, les problématiques observées dans les villes africaines ressemblent fortement à celles rencontrées dans plusieurs pays d’Amérique latine, notamment en matière d’inégalités d’accès aux espaces verts et de pression foncière sur les zones naturelles urbaines.

L’expert appelle les décideurs à changer de regard sur les arbres et les espaces verts. Pour lui, ceux-ci doivent être considérés comme une véritable « infrastructure vivante », au même titre que les routes, les réseaux d’eau ou les systèmes énergétiques.

À l’heure où l’Afrique connaît l’une des urbanisations les plus rapides au monde, les auteurs estiment que l’avenir des villes du continent dépendra en partie de leur capacité à intégrer pleinement la nature dans leur développement. Les arbres, concluent-ils, ne constituent plus seulement un élément décoratif : ils sont devenus un outil essentiel pour construire des villes plus résilientes, inclusives et durables.

Albert BOMBA

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