Coton : La production chute de 14,2 % en Afrique de l’Ouest et du Centre

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La production de coton graine dans les principaux pays producteurs de la zone CFA est tombée à 1,98 million de tonnes au terme de la campagne 2025/2026, contre 2,31 millions de tonnes un an plus tôt. Cette baisse de 14,2 %, la deuxième consécutive, est principalement attribuée aux irrégularités pluviométriques et à la pression des jassides. Le Bénin ravit au Mali la première place régionale, tandis que le Cameroun conserve le meilleur rendement à l’hectare.

Le coton traverse une nouvelle zone de turbulences en Afrique de l’Ouest et du Centre. Après le recul enregistré lors de la campagne 2024/2025, la production cotonnière des principaux pays producteurs de la zone CFA a une nouvelle fois diminué au cours de la campagne 2025/2026.

Selon les données des interprofessions compilées par le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) dans son bulletin d’information publié en juillet 2026, les récoltes de coton graine se sont établies à environ 1,98 million de tonnes, contre près de 2,31 millions de tonnes lors de la campagne précédente. Il s’agit d’une contraction de 14,2 % en l’espace d’une année. Cette nouvelle contre-performance confirme une tendance préoccupante pour une filière qui joue un rôle majeur dans les économies rurales et constitue, dans plusieurs pays, l’une des principales sources de recettes d’exportation agricole.

Deuxième campagne consécutive de baisse

Le ralentissement observé en 2025/2026 intervient après une première baisse de la production enregistrée en 2024/2025. La dynamique est d’autant plus notable que les pays concernés avaient produit près de 2,6 millions de tonnes de coton graine au cours de la campagne 2023/2024. En deux saisons, le volume régional s’est donc considérablement contracté. Le PR-PICA attribue principalement cette situation aux irrégularités pluviométriques qui ont affecté la majorité des bassins cotonniers. Les changements dans la répartition et la régularité des précipitations perturbent notamment les cycles de production et peuvent affecter directement les rendements.

À cette contrainte climatique s’ajoutent des difficultés phytosanitaires. Dans certains pays, les jassides, des insectes ravageurs particulièrement redoutés dans les champs de coton, ont contribué à dégrader les performances de la campagne. « Les irrégularités pluviométriques sont la cause principale de cette baisse de production. Par ailleurs, au Mali, il est noté aussi l’impact négatif des jassides sur la production », relève le PR-PICA.

Le Bénin prend les commandes

La baisse de la production n’a pas touché les différents pays avec la même intensité. Le changement le plus significatif concerne le classement des principaux producteurs. Avec une récolte de 533 590 tonnes, le Bénin devient le premier producteur de coton de la zone, détrônant le Mali. Cette performance reste toutefois en retrait par rapport à la campagne précédente. La production béninoise a diminué de 16,3 % sur un an.

Le Mali connaît, pour sa part, la plus forte contraction parmi les principaux producteurs. Sa récolte a chuté de 39,5 %, pour s’établir à 397 540 tonnes. Cette importante baisse fait perdre au pays son leadership régional. Derrière le duo Bénin-Mali, le Burkina Faso s’installe désormais à la troisième place.

Le Burkina Faso à contre-courant

Alors que la plupart des grands bassins cotonniers enregistrent des baisses, le Burkina Faso fait figure d’exception. La production burkinabè a progressé de 7 %, atteignant 313 042 tonnes en 2025/2026. Cette croissance permet au pays de dépasser le Cameroun et la Côte d’Ivoire et de monter sur la troisième marche du podium régional.

La Côte d’Ivoire a, pour sa part, enregistré une baisse limitée de 0,4 %, avec une récolte de 310 407 tonnes. Le Cameroun suit également la tendance régionale, avec une contraction de 11,9 % de sa production, qui s’est établie à 250 722 tonnes.

Des progressions dans les petits bassins

Les évolutions les plus spectaculaires sont toutefois observées dans des pays dont la contribution à la production régionale demeure encore relativement faible. Le Sénégal affiche la plus forte progression, avec une hausse de 62,2 %, portant sa production à 25 166 tonnes. Le Tchad et le Togo enregistrent chacun une croissance de 30,3 %, leurs récoltes atteignant respectivement 75 268 tonnes et 78 706 tonnes.

Ces performances montrent que, malgré la tendance régionale baissière, certains bassins parviennent encore à accroître leurs volumes, ce qui pourrait contribuer à renforcer leur poids dans la filière à moyen terme.

Le Cameroun conserve le meilleur rendement

Si le Cameroun ne figure pas parmi les pays ayant enregistré les plus fortes productions en volume, il se distingue par ses performances à l’hectare. Avec un rendement de 1 268 kg par hectare, le pays affiche le meilleur niveau de productivité de la zone CFA. Il devance le Sénégal, avec 1 235 kg/ha, et la Côte d’Ivoire, qui atteint 1 069 kg/ha.

À l’autre extrémité du classement, les rendements apparaissent nettement plus faibles au Tchad, avec 545 kg/ha, et au Mali, avec 745 kg/ha. Ces écarts illustrent les différences importantes de productivité entre les bassins cotonniers et soulignent l’importance des pratiques culturales, de la qualité des intrants, de la maîtrise des ravageurs et des conditions agroclimatiques.

Les engrais, nouvelle source d’inquiétude

Alors que la campagne 2026/2027 est déjà engagée dans plusieurs pays de la zone, les producteurs doivent composer avec un autre défi : l’évolution des coûts de production. La hausse du prix des intrants agricoles, notamment des engrais, risque en effet de peser sur la rentabilité des exploitations et, par conséquent, sur les décisions de production des agriculteurs.

Dans son rapport Commodity Markets Outlook, publié en avril 2026, la Banque mondiale prévoit une progression de plus de 30 % des prix mondiaux des engrais en 2026. L’institution met notamment en avant les perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour le commerce mondial des fertilisants. Le prix de l’urée, principal engrais azoté utilisé dans le monde, pourrait ainsi augmenter de près de 60 % par rapport à 2025. Une perspective préoccupante pour les filières cotonnières, fortement dépendantes de l’utilisation d’intrants pour maintenir leurs rendements.

Des mesures de soutien pour préserver la filière

Malgré ces difficultés, les responsables du PR-PICA affichent un certain optimisme quant à l’évolution de la nouvelle campagne. Tete Awokou, président du PR-PICA, souligne les efforts consentis par plusieurs États pour accompagner les producteurs et limiter l’impact de la hausse du prix des intrants. « Nous observons cependant avec satisfaction que des États ont consenti des efforts pour apporter un appui dans la plupart des pays, ce qui permet la cession de ces engrais et l’achat du coton graine à des prix convenables », a-t-il déclaré.

Ces mesures de soutien pourraient contribuer à maintenir l’attractivité de la culture du coton auprès des producteurs, alors que ceux-ci doivent faire face à une hausse des charges et à une plus grande incertitude climatique.

Un redressement attendu en 2026/2027

Après deux campagnes consécutives de baisse, la filière cotonnière de la zone CFA aborde donc la saison 2026/2027 avec un objectif prioritaire : inverser la tendance. L’enjeu dépasse largement les seuls volumes de production. Dans plusieurs économies de la région, notamment au Bénin, au Mali, au Burkina Faso et au Tchad, le coton constitue une source essentielle de revenus pour les producteurs et représente une part importante des recettes d’exportation agricole.

La volatilité des cours internationaux, l’augmentation du prix des engrais, les aléas climatiques et la pression des ravageurs constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser davantage la filière. Pour inverser la tendance, les pays producteurs devront donc agir simultanément sur plusieurs leviers : amélioration de la productivité, accès aux intrants à des prix abordables, renforcement de la lutte contre les ravageurs, adaptation des pratiques agricoles aux changements climatiques et amélioration de la valorisation du coton.

Après avoir atteint près de 2,6 millions de tonnes en 2023/2024, la production régionale est désormais tombée sous la barre des 2 millions de tonnes. La campagne 2026/2027 apparaît ainsi comme une échéance déterminante pour savoir si les grands bassins cotonniers d’Afrique de l’Ouest et du Centre sont capables de renouer avec la croissance.

Jean Luc Atangana

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