Cacao : La production commercialisée du Cameroun chute de près de 20 % en 2025-2026

Après avoir atteint un niveau historique lors de la campagne 2024-2025, la filière cacao camerounaise a connu un net ralentissement au cours de la saison 2025-2026. Selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC), le pays a commercialisé 247 914 tonnes de fèves, soit une baisse de 61 604 tonnes en un an. Cette contraction, qui ramène la production commercialisée à son plus bas niveau depuis cinq campagnes, relance les interrogations sur la résilience des vergers camerounais face aux contraintes climatiques, agronomiques et structurelles.
Le cacao camerounais marque le pas. Après une campagne 2024-2025 exceptionnelle, au cours de laquelle la production nationale commercialisée avait atteint un record de 309 518 tonnes, la filière a enregistré une importante contraction au terme de la campagne 2025-2026. Selon les données de l’Office national du cacao et du café (ONCC), le Cameroun a commercialisé 247 914 tonnes de fèves entre le 1er août 2025 et le 15 juillet 2026. Ce résultat représente une diminution de 61 604 tonnes, soit 19,9 %, par rapport aux 309 518 tonnes enregistrées lors de la campagne précédente.
Cette baisse intervient dans un contexte pourtant marqué par des niveaux de prix bord champ particulièrement attractifs au cours de la saison précédente. En 2024-2025, l’ONCC avait recensé des prix compris entre 3 210 et 5 400 FCFA le kilogramme, offrant aux producteurs des perspectives de revenus nettement plus favorables.
Un recul qui efface les gains de la campagne précédente
La performance enregistrée en 2025-2026 apparaît d’autant plus significative qu’elle intervient après une progression soutenue de la production commercialisée. Avant le record de 2024-2025, le Cameroun avait commercialisé 295 164 tonnes de cacao au cours de la campagne 2021-2022. Le volume était ensuite descendu à 262 112 tonnes en 2022-2023, avant de remonter à 266 710 tonnes en 2023-2024.
Avec seulement 247 914 tonnes en 2025-2026, la filière réalise ainsi son plus faible volume commercialisé sur les cinq dernières campagnes. Cette évolution marque un retournement après plusieurs années au cours desquelles le secteur avait réussi à maintenir des volumes relativement élevés. Elle soulève également la question de la capacité des plantations camerounaises à soutenir durablement la croissance de la production dans un environnement de plus en plus marqué par les aléas climatiques.
Il convient toutefois de distinguer la production commercialisée de la production effectivement récoltée. Les chiffres de l’ONCC concernent les volumes qui transitent par les circuits officiels de commercialisation. Ils ne correspondent donc pas nécessairement à l’ensemble des fèves produites dans les plantations, certains volumes pouvant être stockés ou écoulés en dehors des circuits formels.
Le climat pèse sur les vergers
Les données disponibles ne précisent pas les causes directes de la baisse enregistrée au cours de la campagne 2025-2026. Mais les difficultés auxquelles fait face la cacaoculture camerounaise sont connues.
Les changements climatiques figurent parmi les principales préoccupations des producteurs et des spécialistes de la filière. L’irrégularité des précipitations, l’allongement des périodes de sécheresse et la multiplication des épisodes climatiques extrêmes perturbent le cycle végétatif des cacaoyers.
La pression parasitaire constitue une autre menace importante pour les vergers. Elle s’ajoute à la baisse progressive de la fertilité des sols et au vieillissement des plantations, autant de facteurs susceptibles de réduire les rendements.
Les changements climatiques peuvent notamment affecter la floraison des cacaoyers, le développement des cabosses et la disponibilité de l’eau nécessaire au bon développement des plants.
Le renouvellement des plantations reste un défi
La question du renouvellement du parc cacaoyer constitue également un enjeu majeur pour l’avenir de la production nationale. La Société de développement du cacao (Sodecao) indique ainsi enregistrer, dans certaines de ses pépinières, des pertes annuelles comprises entre 40 % et 50 % des jeunes plants. De telles pertes compliquent les efforts de régénération des plantations. Elles limitent les possibilités d’augmentation des rendements par le remplacement progressif des vieux vergers par du matériel végétal plus performant et mieux adapté aux nouvelles contraintes climatiques.
Le défi est d’autant plus important que la stratégie de développement de la filière vise à accroître la productivité sans nécessairement favoriser une extension continue des plantations vers les espaces forestiers. L’amélioration des rendements sur les superficies déjà exploitées apparaît donc comme l’une des principales pistes pour soutenir la production tout en limitant la pression sur les forêts.
Le Centre demeure le principal bassin de commercialisation
Malgré la baisse globale des volumes, la répartition géographique des achats confirme la prépondérance de la région du Centre dans la filière cacao camerounaise. La région a concentré 44,54 % des achats réalisés au cours de la campagne 2025-2026, contre 45,8 % lors de la campagne précédente.
Rapportée au volume national de 247 914 tonnes, cette proportion représente environ 110 421 tonnes de fèves. Le Sud-Ouest arrive en deuxième position avec 19,87 % des achats, soit environ 49 261 tonnes. Il est suivi du Littoral, qui représente 18,50 %, correspondant à près de 45 864 tonnes.
Les autres régions affichent des volumes nettement plus modestes. Le Sud concentre 6,54 % des achats, tandis que l’Est représente 6,17 %. L’Ouest compte pour 4,14 %. Les contributions du Nord-Ouest et de l’Adamaoua demeurent marginales, avec respectivement 0,19 % et 0,06 % des achats enregistrés.
Une filière confrontée à un double défi
Le recul de la production commercialisée intervient alors que le cacao camerounais bénéficie d’un regain d’intérêt sur les marchés internationaux et que les pouvoirs publics cherchent à renforcer la transformation locale et à améliorer la rémunération des producteurs. Cette situation met en évidence un double défi pour la filière : maintenir un niveau de production suffisamment élevé pour répondre à la demande tout en renforçant la résilience des plantations face aux changements climatiques. La réponse passe notamment par le renouvellement des vieux vergers, l’amélioration de la disponibilité du matériel végétal, une meilleure fertilisation des sols, la maîtrise des maladies et ravageurs ainsi que l’adaptation des pratiques culturales aux nouvelles conditions climatiques.
À plus long terme, l’enjeu sera également de parvenir à mieux valoriser la production nationale. L’amélioration de la productivité ne pourra en effet être durable que si elle s’accompagne d’une rémunération suffisamment attractive pour maintenir les producteurs dans la filière et encourager les investissements dans les plantations.
Après le record de la campagne 2024-2025, le recul de près de 20 % enregistré en 2025-2026 constitue ainsi un signal d’alerte. Il rappelle que la progression de la filière cacao camerounaise ne dépend pas uniquement des prix internationaux, mais aussi de la capacité du pays à renouveler ses vergers, à s’adapter aux changements climatiques et à améliorer durablement les rendements.
Jean NDI



















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