Forêts camerounaises : L’alerte sur une déforestation qui s’accélère

Agriculture, exploitation minière, production d’huile de palme, bois-énergie et urbanisation grignotent progressivement le couvert forestier camerounais. Face à cette dynamique, Stéphanie Penanjo, botaniste-écologue et Directrice exécutive de JVE Cameroun, appelle à une mobilisation immédiate pour préserver les forêts et les communautés qui en dépendent.
Le couvert forestier camerounais est soumis à une pression croissante. C’est le constat présenté le 14 septembre 2026 à Yaoundé par Stéphanie Penanjo, botaniste-écologue et Directrice exécutive de JVE Cameroun, lors d’une présentation intitulée « Ma terre change de visage et le ciel ne peut plus attendre ».
Le Cameroun abrite entre 19 et 22 millions d’hectares de forêt dense, soit près de la moitié de son territoire. Un patrimoine sous pression : selon la Banque mondiale, le taux annuel de déforestation a été multiplié par six entre 2008 et 2020. La FAO estime la perte annuelle récente entre 110 000 et 117 000 hectares, l’équivalent d’environ 150 000 terrains de football chaque année. Entre 2016 et 2023, la surface déforestée cumulée a doublé, atteignant près de 820 000 hectares, tandis que la dégradation forestière quadruplait.
Cinq dynamiques régionales illustrent ce phénomène : le cacao au Sud et au Centre, l’orpaillage artisanal à l’Est (surface minière multipliée par plus de cinquante en quatorze ans autour de Batouri), l’huile de palme sur la façade côtière, le coton et le bois-énergie au Nord, et l’urbanisation autour de Yaoundé et Douala. « On se rend compte que le Cameroun est en particulier, à 75 %, constitué de la zone forestière. Et on se rend compte au fil des jours que cette zone forestière se dégrade à une vitesse exponentielle. On voit l’agriculture qui s’expand, on voit l’exploitation minière qui s’expand, on voit également l’urbanisation. Donc, si on ne contrôle pas ça, on aura des conséquences très dévastatrices à la longue. Et vraiment, ça va imputer non seulement au niveau de notre pays particulièrement, mais au niveau de l’Afrique et du monde entier de façon générale » a expliqué Stéphanie Penanjo.
Elle insiste qu’il est urgent d’agir maintenant parce qu’au regard du changement climatique, la température est en train d’augmenter. « Il faut que nous nous battions pour réduire au maximum toutes les actions qui contribuent aux émissions de gaz à effet de serre, pour qu’on ne puisse pas atteindre le seuil ou dépasser le seuil de 1,5, mais on est en train de tendre vers 2 » explique-t-elle.
Derrière les chiffres, Stéphanie Penanjo insiste sur le visage d’Émilienne, agricultrice à Ntui, qui recule chaque saison la lisière de la forêt pour nourrir ses enfants, ou celui des mères dont les enfants boivent une eau chargée de mercure près des sites d’orpaillage.
Une réponse politique se met en place : le partenariat Cameroun-CAFI vise à mobiliser 2,5 milliards de dollars sur dix ans pour une agriculture zéro-déforestation, avec un premier financement de 60 millions de dollars pour 2025.
Afin d’agir dès maintenant, Stéphanie Penanjo appelle consommateurs, journalistes, leaders locaux et investisseurs à se mobiliser car pour elle, « le ciel ne peut plus attendre que quelqu’un d’autre décide à notre place, ce que devient la terre. Et nous non plus » conclut Stéphanie Penanjo, lors de sa présentation.
La présentation de Stéphanie Penanjo a également suscité des réactions favorables de la part des acteurs présents. Edith LAMNE, responsable de la communication à Terra Mucho, a salué son engagement et sa passion pour les questions environnementales. « Nous profitons de l’occasion pour féliciter Stéphanie parce que nous voyons l’engagement qu’elle a sur le terrain, nous voyons sa passion » s’est-elle réjoui au terme de la présentation de Stéphanie Penanjo.
Au Cameroun, l’urgence n’est donc plus seulement de constater le recul de la forêt, mais de ralentir suffisamment sa progression pour préserver les territoires, les populations et le climat.
Albert BOMBA


















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