Lutte antitabac au Cameroun : Face aux nouvelles tactiques de séduction des jeunes, Yaoundé muscle sa riposte

À l’approche de la Journée mondiale sans tabac, les acteurs de la santé publique se sont réunis pour vulgariser l’indice d’ingérence 2025 et tracer la feuille de route d’une réglementation plus stricte.

​À quelques jours de la célébration de la Journée mondiale sans tabac prévue le 31 mai prochain, Yaoundé a abrité le 26 mai 2026 à l’atelier national de lancement des activités commémoratives, doublé de la vulgarisation officielle du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac au Cameroun. L’événement a mobilisé l’ensemble de la coalition nationale contre le tabagisme notamment administrations publiques, professionnels de la santé et organisations de la société civile.

​Le thème retenu pour cette édition 2026 sonne comme un cri d’alarme et un appel à l’action : « Démasquons les tactiques de séduction, luttons contre la dépendance à l’égard du tabac et contre l’addiction nicotinique ». Ce choix thématique n’est pas fortuit ; il cible directement les nouvelles stratégies marketing déployées pour capter les plus jeunes.

​Les données statistiques partagées lors de l’atelier dressent un tableau préoccupant de la situation épidémiologique. Chez les adultes, environ 9 % de la population âgée de plus de 15 ans était consommatrice de tabac en 2013. Chez les adolescents, le taux de prévalence grimpait à 10,1 % chez les jeunes de 13 à 15 ans en 2014.

​Cette vulnérabilité croissante de la jeunesse renforce l’urgence des politiques publiques actuelles, dont le cap reste inchangé : réduire de 30 % la consommation globale de tabac, conformément aux engagements internationaux contractés par le Cameroun.

​​Présidant l’ouverture des travaux au nom du Ministre de la Santé publique (MINSANTE), le Pr Mendimi Nkodo, Conseiller Technique n°2, a réaffirmé que la lutte antitabac demeure une priorité régalienne majeure.

​Il a rappelé que le Cameroun a posé les bases juridiques de sa riposte il y a exactement vingt ans, en ratifiant en 2006 la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac (CCLAT). Depuis cet engagement, l’arsenal public s’est progressivement consolidé à travers l’adoption de plusieurs textes réglementaires sectoriels ; le durcissement de la fiscalité sur les produits du tabac ; le déploiement continu de campagnes de sensibilisation de masse ; la mise en place d’une plateforme de coordination multisectorielle.

​​​Le point d’orgue de l’atelier a été la présentation du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac. Ce document d’évaluation met en lumière la persistance et la sophistication des stratégies d’influence utilisées par les cigarettiers pour freiner ou édulcorer les réformes législatives au Cameroun.

​Le rapport décortique un spectre d’actions allant du lobbying direct auprès des décideurs à des manœuvres plus subtiles, telles que des actions de “responsabilité sociale des entreprises” (RSE) détournées, visant à redorer le blason d’une industrie mortifère et à infiltrer les cercles de décision publique.

​​Pour contrer cette influence et accélérer l’agenda législatif, les participants ont formulé quatre recommandations majeures telles que le renforcement des capacités des acteurs impliqués dans la lutte antitabac sur les dispositions de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac pour la protection des politiques publiques, un meilleur encadrement des interactions entre les administrations publiques et l’industrie du tabac, ainsi que l’accélération du processus d’adoption de la loi nationale sur le contrôle du tabac. A cela s’ajoute le renforcement de la communication, de la sensibilisation et de suivi entre les différentes parties prenantes engagées dans la lutte contre le tabagisme.

Françoise ESSONO

Leave a reply