Vaccins au Cameroun : Gavi repousse son retrait en 2030 et presse Yaoundé de financer 50 % des vaccins

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Alors que le soutien de l’Alliance Gavi entre dans une phase de transition d’ici 2030, le Programme Élargi de Vaccination (PEV) précise les engagements financiers du pays. Entre mobilisation de milliards de francs CFA et impératifs de décaissement, le Dr Shalom Tchokfe, Secrétaire Permanent du PEV, lève le voile sur la stratégie nationale pour éviter toute rupture de stock.

Le paysage du financement de la vaccination au Cameroun est en pleine mutation. Longtemps soutenu par des subventions internationales massives, le pays doit désormais préparer sa montée en puissance budgétaire. Au cœur des discussions, une enveloppe de 50 millions de dollars (environ 30 milliards de FCFA) que l’État devra mobiliser entre 2026 et 2030 pour l’achat des vaccins.

Contrairement aux craintes d’un arrêt total des financements de Gavi dès 2027, le Dr Shalom Tchokfe se veut rassurant. Grâce à des mécanismes de flexibilité, le soutien de l’Alliance est maintenu jusqu’en 2030. Toutefois, le modèle de partage des coûts évolue radicalement. « Nous passons d’un schéma où l’État contribuait à hauteur de 30 % contre 70 % pour Gavi, à un équilibre de 50-50 », explique le Secrétaire Permanent. Cette parité impose au gouvernement d’augmenter considérablement sa participation financière pour maintenir le portefeuille vaccinal actuel. L’objectif ultime reste l’autonomie complète à l’horizon 2035, en phase avec la vision d’émergence du Cameroun.

L’inquiétude concernant un déficit de 130 milliards de FCFA d’ici 2030 semble, à ce stade, prématurée. Le Dr Tchokfe précise que le déficit notable de 1,3 milliard enregistré en 2025 était une situation conjoncturelle. Ce trou d’air résultait d’une quantification tardive lors de la loi de finances, couplée au désengagement de certains partenaires internationaux. « Le gouvernement a réagi par un apport additionnel. Pour l’année en cours, il n’y a pas de déficit pour l’achat des vaccins », affirme-t-il. Les ressources sont inscrites dans une ligne budgétaire sécurisée, gérée par la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), qui assure le transfert des fonds vers les fournisseurs internationaux.

Un véritable défi lié au paiement à temps

Si la bataille pour l’inscription budgétaire des fonds semble gagnée, un autre combat, plus technique, s’engage : celui de la liquidité et des délais. Le problème majeur ne réside plus dans l’existence de l’argent, mais dans sa disponibilité réelle pour passer commande.

La production et l’expédition des vaccins au niveau mondial répondent à des calendriers stricts. Un retard de décaissement, même si le budget est voté, peut entraîner des ruptures de stocks critiques sur le terrain. L’enjeu est donc de simplifier les circuits de transfert financier pour que l’argent arrive directement à la division des approvisionnements sans passer par de lourdes procédures de passation de marchés qui ralentissent la chaîne.

Malgré ces contraintes administratives et financières, le Dr Shalom Tchokfe rappelle la mission fondamentale du programme qui est la continuité du service. « Avec ou sans argent, vous devez vacciner l’enfant », conclut-il, soulignant la capacité d’adaptation du PEV pour garantir la protection des populations, quelles que soient les fluctuations économiques.

Martial Obiono

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