Ebola en RDC : L’épidémie franchit un seuil historique, tandis que la lutte contre la polio enregistre des avancées en Afrique

L’épidémie d’Ebola Bundibugyo continue de progresser rapidement en République démocratique du Congo, où elle est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Face à l’urgence, 70 000 doses du vaccin Ervebo vont être mises à disposition, dont une partie pour un essai clinique. Dans le même temps, cinq pays africains annoncent la fin de leurs épidémies de poliovirus de type 2.
La situation sanitaire reste particulièrement préoccupante en République démocratique du Congo. En l’espace de quelques mois, l’épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo a dépassé les niveaux atteints lors de la précédente grande flambée congolaise de 2018-2020, faisant de l’actuel épisode le plus meurtrier jamais enregistré dans le pays. Le 20 août, les données disponibles faisaient état de plus de 5 200 cas confirmés et de plus de 2 400 décès, selon les dernières mises à jour sanitaires.
Face à cette progression rapide, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) maintient l’urgence de santé publique de portée internationale déclarée en mai. Le Comité d’urgence de l’organisation considère que le risque de propagation demeure particulièrement élevé en RDC et appelle à renforcer la surveillance, la prise en charge des malades et les mesures de prévention.
L’épidémie, initialement identifiée dans la province de l’Ituri, s’est progressivement étendue à plusieurs provinces. Cette progression est favorisée par les difficultés d’accès à certaines zones, l’insécurité, les déplacements de populations et la défiance d’une partie des communautés à l’égard des équipes de riposte. Ces obstacles compliquent considérablement l’identification précoce des personnes infectées et le suivi des contacts.
Les motocyclistes mobilisés dans la surveillance
Dans ce contexte particulièrement difficile, les équipes sanitaires cherchent de nouveaux relais au sein des communautés. L’une des stratégies mises en avant consiste à associer les associations de motocyclistes à la surveillance épidémiologique. Ces conducteurs jouent en effet un rôle essentiel dans les déplacements dans plusieurs zones touchées. Ils transportent des patients, des familles et parfois des dépouilles, ce qui les expose directement au risque de contamination. Leur connaissance du terrain peut toutefois également devenir un atout pour la riposte.
L’objectif est de les former afin qu’ils puissent signaler rapidement aux services sanitaires les personnes présentant des symptômes suspects ou les situations à risque. Cette approche doit permettre de réduire le délai entre l’apparition des premiers signes, l’alerte des équipes et la prise en charge. En parallèle, le dispositif de riposte est renforcé avec le déploiement d’épidémiologistes supplémentaires et de centaines d’agents de santé communautaires. Des capacités d’accueil ont également été augmentées dans plusieurs établissements afin de pouvoir isoler et prendre en charge davantage de patients.
70 000 doses d’Ervebo pour soutenir la riposte
L’un des principaux développements de cette semaine concerne l’allocation de 70 000 doses du vaccin Ervebo, annoncée le 20 août par l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC). Il s’agit d’une allocation majeure destinée à renforcer la réponse congolaise. Mais cette opération comporte une particularité importante : Ervebo est homologué contre le virus Ebola de souche Zaïre et non contre le virus Bundibugyo responsable de l’épidémie actuelle. Son efficacité contre cette souche chez l’être humain n’est donc pas établie. Des résultats précliniques ont toutefois laissé entrevoir la possibilité d’une protection croisée, ce qui justifie notamment la réalisation d’études cliniques.
Sur les 70 000 doses annoncées, 20 000 seront destinées à un essai clinique de phase 3 visant à évaluer l’impact du vaccin sur le virus Bundibugyo. Les 50 000 doses restantes seront destinées aux personnels de santé et aux travailleurs de première ligne, conformément aux recommandations du Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination de l’OMS. Cette utilisation s’inscrit dans un contexte où aucun vaccin spécifiquement homologué contre la souche Bundibugyo n’est actuellement disponible. L’essai clinique revêt donc une importance particulière : au-delà de la réponse à l’urgence actuelle, il pourrait contribuer à déterminer si Ervebo peut constituer une protection contre cette souche du virus.
Une réponse confrontée à de multiples obstacles
La vaccination ne constitue cependant qu’un élément de la stratégie. La progression de l’épidémie montre l’importance de renforcer simultanément la détection des cas, le suivi des contacts, la prévention des infections et la prise en charge des patients. Les difficultés sécuritaires dans certaines zones de l’est de la RDC compliquent le déplacement des équipes médicales. À cela s’ajoutent les réticences communautaires et les mouvements de populations, qui rendent plus difficile la localisation des personnes exposées.
La rapidité de propagation constitue également un défi majeur. Les autorités sanitaires et leurs partenaires doivent agir sur plusieurs fronts simultanément : rechercher les cas, isoler les malades, protéger les soignants, surveiller les personnes contacts et maintenir la confiance des populations.
Cinq pays africains mettent fin à des épidémies de poliovirus de type 2
Alors que la RDC fait face à cette urgence, l’Afrique enregistre parallèlement une avancée importante dans la lutte contre la poliomyélite. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique a confirmé la fin des épidémies de poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale de type 2 dans cinq pays : le Burundi, le Ghana, la Guinée-Bissau, l’Ouganda et la République du Congo. Cette décision intervient après des évaluations indépendantes réalisées entre janvier et juin 2026. Les experts ont notamment examiné les données de surveillance, les résultats de laboratoire et les informations épidémiologiques disponibles avant de conclure à l’interruption de la transmission dans les cinq pays.
Cette annonce constitue une étape importante pour le continent, qui avait été déclaré exempt de poliovirus sauvage en 2020. Elle ne signifie toutefois pas la disparition définitive de toutes les formes de poliovirus. Les variants circulants dérivés de souches vaccinales continuent de représenter un risque lorsque la couverture vaccinale est insuffisante. L’OMS appelle ainsi les pays concernés à maintenir une surveillance active et à conserver des niveaux élevés de vaccination. La capacité à détecter rapidement toute nouvelle circulation du virus demeure déterminante pour éviter la réapparition de foyers épidémiques.
Entre crise et progrès, une réponse sanitaire à consolider
Les événements de cette semaine illustrent les contrastes auxquels le continent africain reste confronté sur le front sanitaire. D’un côté, l’épidémie d’Ebola Bundibugyo en RDC rappelle la vulnérabilité des systèmes de santé face à des maladies hautement létales lorsque les réponses sont entravées par l’insécurité et les difficultés d’accès aux populations. De l’autre, la fin des épidémies de poliovirus de type 2 dans cinq pays montre que des progrès importants sont possibles lorsque la surveillance, la vaccination et la mobilisation communautaire sont maintenues sur la durée.
En RDC, l’arrivée annoncée d’Ervebo ouvre une nouvelle phase de la riposte, tout en posant une question scientifique majeure sur l’efficacité de ce vaccin contre le virus Bundibugyo. Les résultats de l’essai clinique devront apporter des éléments déterminants. Pour l’heure, l’enjeu reste de contenir une épidémie dont la progression dépasse les précédents enregistrés dans le pays. La combinaison entre vaccination, surveillance communautaire, renforcement des capacités hospitalières et implication des acteurs locaux apparaît plus que jamais indispensable pour reprendre le contrôle de la situation.
Jean NDI


















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