23ème Congrès de l’AAEA : L’heure du grand virage pour sauver l’or bleu africain

Sous le thème « Eau et assainissement pour tous, des actions fortes pour l’Afrique », le 23ème congrès international de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA) s’ouvre le 9 février 2026 à Yaoundé sur un constat d’urgence. Plus qu’un défi technique, l’accès à l’eau est désormais le socle de la stabilité et de la dignité du continent.
Le thème de cette année n’est pas une simple formule diplomatique. C’est une interpellation brutale face à des chiffres qui ne reculent pas assez vite. En 2026, l’Afrique fait face à un paradoxe hydrique sans précédent. « Plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à un service d’eau potable géré en toute sécurité. Plus de 800 millions sont privés de services d’assainissement de base et plus d’un Africain sur trois vit dans des zones soumises à un stress hydrique élevé. Ces chiffres racontent des vies fragilisées, des écoles sans eau, des centres de santé vulnérables et des économies locales entravées » a martelé le Directeur exécutif de l’AAEA dans son discours.
Dans le même temps, rajoute-t-il, « les besoins d’investissement pour atteindre l’objectif de développement durable 6 en Afrique sont estimés à plus de 50 milliards de dollars par an, alors que les financements effectivement mobilisés n’en couvrent qu’une fraction. Ce décalage nous oblige à dépasser le temps des diagnostics pour entrer résolument dans celui des décisions courageuses, des investissements structurants et des transformations systémiques ». Ce décalage exige un changement de paradigme : l’eau ne doit plus être perçue comme un “secteur social” marginal, mais comme un secteur stratégique majeur, au même titre que l’énergie, les transports ou le numérique. Sans eau, il n’y a ni sécurité alimentaire, ni productivité industrielle, ni résilience climatique.
De la vision politique à la traduction opérationnelle
L’AAEA ne veut plus seulement être un observateur technique, mais un acteur politique majeur. Depuis la tribune de Yaoundé, l’association a lancé un message clair : l’eau doit être intégrée aux cadres stratégiques permanents de l’Union Africaine (UA). L’objectif est d’obtenir une reconnaissance institutionnelle renforcée, assortie de financements pérennes. Pour l’AAEA, l’Afrique ne peut plus « subir son destin hydrique ». Elle doit le gouverner. Ce changement de paradigme considère l’eau non plus comme une « dépense sociale », mais comme un investissement stratégique au même titre que l’énergie ou la défense. « Ces dernières années, l’AEA s’est engagée dans une dynamique de transformation profonde et structurante. L’ambition qui guide cette évolution est sans équivoque. Changer d’échelle, renforcer significativement notre capacité d’action et assumer pleinement la responsabilité qui est la nôtre face aux défis majeurs de l’eau et de l’assainissement sur le continent a constitué la trame principale et essentielle. L’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats relève des droits fondamentaux. Ceux-ci sont indissociables de la dignité humaine. Leur effectivité requiert des décisions courageuses, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation collective soutenue, d’autant plus impérative que l’Afrique connaît une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée. Notre conviction est profonde et partagée. L’Afrique ne peut plus subir son destin hydrique. Elle doit désormais le maîtriser, l’anticiper et le gouverner sans se refermer sur elle-même » a déclaré Dr Blaise MOUSSA, Président de l’AAEA par ailleurs Directeur Général de la Camwater.
L’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement s’est imposée comme le bras séculier de cette transformation. En une décennie, elle a mobilisé plus de 25 millions de dollars grâce à des partenariats stratégiques (USAID, Fondations Gates et Hilton, BAD, UNICEF, etc.). Ces fonds ont permis des avancées concrètes sur le terrain notamment la réduction de l’eau non facturée (pertes techniques et commerciales) ; l’amélioration drastique de la qualité de l’eau distribuée ; la modernisation de l’assainissement urbain et soutien à la recherche locale.
En travaillant de concert avec le Conseil des ministres africains chargés de l’eau, l’AAEA transforme les grandes orientations de l’Union Africaine en résultats tangibles pour les opérateurs et les populations.
Un congrès pour décider, non pour constater
L’ambition de ce 23ème rassemblement est claire : ce ne sera pas un espace de diagnostics supplémentaires, mais un accélérateur de décisions. L’exposition qui accompagne l’événement met en lumière une Afrique qui n’est plus seulement en attente d’aide, mais créatrice de ses propres solutions technologiques et organisationnelles.
L’accès à l’eau pour tous n’est pas une option, c’est une exigence historique pour la dignité du continent. L’heure n’est plus aux promesses inachevées. Par la synergie entre les gouvernements, les bailleurs de fonds et les experts techniques, ce congrès doit sceller le pacte d’une Afrique résiliente, capable de transformer chaque goutte d’eau en un levier de développement.
Albert BOMBA



















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