Contamination bactérienne des laits Danone : Le silence du Cameroun inquiète

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Alors qu’un rappel massif des marques Nursie et Blédilait secoue les marchés mondiaux suite à une contamination bactérienne, plusieurs pays africains ont déjà ordonné le retrait des produits. Au Cameroun, malgré les signalements de consommateurs et l’alerte de la Focaco, les autorités sanitaires tardent à réagir.

​L’insécurité alimentaire fait de nouveau parler d’elle dans l’agro-industrie européenne, et cette fois, c’est le géant français Danone qui se retrouve dans la tourmente. Après les crises successives ayant frappé Nestlé et Lactalis en fin 2025, le leader mondial de la nutrition spécialisée fait face à une alerte rouge internationale. En cause : une contamination à la toxine céréulide détectée dans ses préparations pour nourrissons.

​​L’alerte a été donnée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Selon les autorités européennes, la contamination proviendrait d’une huile riche en oméga-6 utilisée dans la formulation des produits. Cette substance a favorisé le développement de la bactérie Bacillus Cereus, produisant la toxine céréulide, responsable de troubles gastro-intestinaux sévères.

​Les marques phares du groupe, Nursie et Blédilait, sont les principales concernées. Si Danone a affirmé, dès le 25 février, avoir sécurisé ses marchés européens (France, Suisse, Belgique) et asiatiques (Chine, Malaisie), la situation sur le continent africain s’avère plus complexe et hétérogène.

L’Afrique en ordre de bataille du Maroc au Nigeria

​Face au risque sanitaire, une réaction en chaîne s’est opérée chez les régulateurs africains. Le Maroc a ouvert la marche le 25 février en ordonnant la mise en quarantaine immédiate des cargaisons. Le Bénin a suivi le 7 mars, par le biais de son Agence de Sécurité Sanitaire des Aliments (Abssa), exigeant l’arrêt des ventes.

​Depuis une semaine, le Sénégal, le Nigeria et la Mauritanie ont également rejoint le mouvement, multipliant les communiqués pour exiger le rappel urgent des lots incriminés. Pour Danone, l’enjeu est colossal : la zone Afrique et Asie représente plus de 15 % de son chiffre d’affaires global, soit environ 4,4 milliards d’euros (environ 2 886 milliards de FCFA) en 2025.

Le paradoxe camerounais : Silence radio au sommet

​Pourtant, au Cameroun, le contraste est saisissant. Malgré deux saisines formelles de la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco) le 6 février puis le 12 mars, le ministère de la Santé publique (Minsanté) ne s’est toujours pas officiellement prononcé.

​Sur le terrain, l’inquiétude grandit. « Alors que nos voisins prennent des mesures de précaution drastiques, le Cameroun semble rester en marge de cette vigilance. Pourtant, la FOCACO est assaillie depuis plusieurs jours par des témoignages poignants de parents. Des mères de famille nous signalent des épisodes de vomissements sévères et de diarrhées aiguës chez des nourrissons ayant consommé le lait Nursie Confort », déplore la Focaco. Selon l’organisation, ses symptômes corroborent précisément le tableau clinique d’une intoxication au Bacillus Cereus.

Un marché vulnérable et dépendant

​Cette crise met en lumière la fragilité du marché camerounais, fortement dépendant des importations. Selon l’Institut National de la Statistique (INS), le pays a importé 19 186 tonnes de préparations alimentaires pour enfants en 2024, pour une facture globale de 31,7 milliards de FCFA.

​L’accumulation des scandales incluant le rappel des marques Guigoz et Nidal, de Nestlé ainsi que Picot de Lactalis depuis novembre 2025, pose la question du contrôle qualité à l’entrée du territoire. Dans un contexte où les géants européens peinent à garantir l’innocuité de leurs produits haut de gamme, le silence des autorités locales laisse les consommateurs camerounais sans bouclier face à un risque sanitaire majeur.

​À l’heure où nous publions, les produits Nursie et Blédilait sont toujours visibles sur de nombreux étals à travers le pays. La prudence reste de mise pour les parents en l’absence de clarification officielle du gouvernement.

Crédit image : Ouest France 

Françoise ESSONO 

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