Souveraineté pharmaceutique en Afrique subsaharienne : L’innovation sacrifiée sur l’autel des contraintes budgétaires

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Un rapport récent de Fitch Solutions souligne le fossé persistant entre les ambitions d’autonomie sanitaire de la région et la réalité des investissements en Recherche et Développement (R&D). Face à des budgets limités, l’heure est au pragmatisme. La priorité est désormais donnée aux médicaments génériques avant d’espérer, à long terme, conquérir le terrain de l’innovation.

La quête de souveraineté pharmaceutique en Afrique subsaharienne se heurte à un obstacle de taille lié au financement de l’intelligence scientifique. Selon le rapport « Limited R&D Funding Will Pose Headwinds To Sub-Saharan Africa’s Pharmaceutical Sovereignty Ambitions » publié mi-mars 2026, l’effort de guerre sanitaire reste marginal.

Selon le rapport, alors que l’Europe consacre en moyenne 0,08 % de son PIB à la R&D médicale et l’Amérique du Nord 0,04 %, l’Afrique subsaharienne plafonne à 0,02 %. Même les locomotives régionales peinent à suivre la cadence. Les parts du PIB dans les pays leaders de la région tels que le Kenya (0,19 %) et l’Afrique du Sud (0,13 %) ne constituent qu’une petite fraction de ce qui est consacré à la R&D dans le secteur sanitaire des pays développés.

En valeur absolue, ces montants sont jugés dérisoires pour ériger des infrastructures d’essais cliniques robustes ou soutenir des instituts capables de découvrir de nouvelles molécules.

Un gouffre commercial lié à la dépendance des importations

Ce déficit d’innovation condamne la région à une dépendance extérieure coûteuse. En 2024, les balances commerciales pharmaceutiques ont affiché des scores alarmants dont un déficit de 950 millions USD pour le Nigeria, 500 millions pour le Kenya et 410 millions pour le Ghana.

Cette vulnérabilité n’est pas seulement comptable. Elle expose les populations aux chocs des chaînes d’approvisionnement mondiales et aux fluctuations de prix. Pourtant, Fitch Solutions écarte toute augmentation massive des dépenses publiques de santé à court terme, les États privilégiant d’autres urgences comme le développement des infrastructures de base.

Le virage pragmatique lié à l’échelle de la progression

Face à cette impasse budgétaire, les experts préconisent une stratégie par paliers. Plutôt que de viser immédiatement le médicament princeps (l’innovation originale), les laboratoires locaux doivent gravir les échelons de la complexité technique de manière graduelle notamment l’autosuffisance en génériques simples et vaccins essentiels dont la voie la plus rentable car elle demande moins de capitaux et bénéficie d’un cadre réglementaire plus souple ; les génériques complexes et biosimilaires dont des copies plus sophistiquées nécessitent des études de bioéquivalence avancées ; l’innovation pure dont l’objectif de long terme est conditionné à l’expansion des capacités budgétaires futures.

Des lueurs d’espoir à l’horizon

Malgré ce tableau contrasté, des leviers de croissance apparaissent. L’héritage de la pandémie de Covid-19 a permis de muscler les capacités de production de vaccins. Par ailleurs, la mise en œuvre de l’Agence africaine des médicaments (AMA) promet d’harmoniser les réglementations et de doper le commerce intra-africain.

L’Afrique du Sud et le Kenya, grâce à leur main-d’œuvre qualifiée et leurs écosystèmes déjà structurés, conservent une longueur d’avance pour transformer cette approche graduelle en un véritable succès industriel.

Albert BOMBA

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