Nutrition maternelle et infantile : Pourquoi le sommet de Lomé veut sanctuariser les 2 000 premiers jours de vie

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Du 11 au 13 mai 2026, la capitale togolaise accueille une Conférence régionale historique sur la nutrition et le développement de la petite enfance. Organisé par le gouvernement du Togo et la Banque mondiale, ce rendez-vous de haut niveau sonne l’alarme : l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest et du Centre se joue avant le cinquième anniversaire de ses enfants.

En Afrique de l’Ouest et du Centre, le constat est alarmant. Près d’un enfant sur trois souffre de retard de croissance, un mal invisible qui hypothèque ses capacités cognitives et ses revenus futurs. Parallèlement, 65 millions de femmes en âge de procréer sont anémiées, affectant directement le développement des fœtus. C’est pour briser ce cycle de la malnutrition que des délégués de 22 pays se sont réunis à Lomé, avec une certitude scientifique : tout se joue durant les 2 000 premiers jours de vie.

Les experts présents à Lomé ont segmenté cette période critique en deux phases majeures. Les 1 000 premiers jours (de la conception à 2 ans), c’est la phase la plus critique. C’est ici que s’établissent les bases de la santé et du développement cérébral ; les seconds 1 000 jours (de 2 à 5 ans), cette phase assure la maturation cognitive et prépare l’enfant à une entrée réussie dans le système scolaire, alors que 30 % des enfants de la région n’ont toujours pas accès à l’éducation préscolaire. « Les 2000 premiers jours de vie d’un enfant, depuis la conception à ses cinq ans, sont une fenêtre qui se ferme. On ne rattrape pas les retards de développement cognitif. On ne reconstruit pas les capacités nutritionnelles perdues », a rappelé avec gravité Martine Moni Sankaredja, ministre togolaise des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’enfance.

Un impératif économique : 1 dollar investi en rapporte 23

Au-delà de l’urgence humanitaire, la nutrition est devenue un argument macroéconomique de premier ordre. Investir dans les nutriments essentiels dès le plus jeune âge est le moyen le plus rentable de bâtir des nations prospères. Les données présentées lors du sommet révèlent qu’un seul dollar investi dans des interventions nutritionnelles intégrées peut générer jusqu’à 23 dollars de retour sur investissement grâce à des gains de productivité à l’âge adulte. « Investir dans le capital humain dès la naissance est le fondement de toute croissance durable et inclusive », a martelé Tony Verheijen, représentant résident de la Banque mondiale au Togo.

Pour le Dr Hamadou Nouhou, représentant de l’OMS au Togo, la solution ne réside pas seulement dans l’assiette. L’organisation prône une vision globale via les soins attentionnés. « Les orientations de l’OMS s’inscrivent dans une vision intégrée de la nutrition comme socle du développement de la petite enfance. Nos recommandations sur les soins attentionnés, intègrent la nutrition, les soins réactifs, l’apprentissage précoce et le soutien à la santé mentale des mères », a-t-il expliqué.

Le défi du financement domestique

Face à la baisse constante des financements extérieurs, la conférence a consacré sa dernière journée à un conclave ministériel crucial sur le financement domestique. L’objectif est de pousser les États africains à inscrire la nutrition comme une priorité budgétaire nationale et transversale (santé, agriculture, éducation), plutôt que de dépendre de l’aide internationale.

Lomé se veut ainsi le point de départ d’une transition majeure : passer des discours politiques aux lignes budgétaires concrètes, pour que chaque enfant de la région puisse atteindre son plein potentiel.

Jean NDI

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