Cameroun : Les métaux lourds dans les volailles ravivent les inquiétudes sur les importations

L’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic) craint que la publication d’une étude sur six métaux lourds détectés dans des poulets et des œufs ne fragilise la confiance des consommateurs. Si les résultats soulèvent des questions sanitaires, le faible nombre de prélèvements et certaines références toxicologiques utilisées limitent la portée des conclusions à l’échelle nationale.
La controverse autour de la contamination de produits avicoles par des métaux lourds dépasse désormais le cadre scientifique. Dans un communiqué du 6 octobre 2026, le président de l’Ipavic, François Djonou, s’inquiète des conséquences économiques de cette publication, redoutant qu’elle ne favorise un retour des importations de poulets et d’œufs. Toutefois, aucun élément présenté par l’interprofession ne démontre un lien entre les chercheurs et des importateurs, ni l’existence d’une procédure de réouverture du marché.
Menée dans les régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales, l’étude a porté sur 48 poulets et 180 œufs issus de douze élevages. Les prélèvements ont été regroupés en 18 échantillons composites, répartis entre muscles, foies et œufs.
Pour l’Ipavic, cet échantillonnage doit être replacé dans son contexte : l’interprofession estime la production nationale à près de 102 millions de poulets en 2026. Les résultats renseignent donc sur les élevages examinés, mais ne permettent pas d’établir la proportion de la production nationale présentant des concentrations similaires.
Des références toxicologiques discutées
L’interprétation des résultats suscite également des interrogations sur les seuils retenus pour évaluer l’exposition alimentaire. Pour le plomb, les chercheurs utilisent une référence de 3,57 microgrammes par kilogramme de poids corporel et par jour, issue d’une ancienne dose hebdomadaire tolérable. Or, le Comité mixte FAO-OMS d’experts des additifs alimentaires (JECFA) a retiré cette référence en 2010, jugeant qu’elle ne garantissait plus une protection suffisante.
Le maximum mesuré dans le muscle de poulet atteint 7,5 µg/kg. Cette valeur ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir l’absence de risque sanitaire : la conclusion dépend aussi des quantités consommées, de l’exposition globale et de la pertinence des références utilisées. Pour le mercure, l’étude retient 30 µg/kg de poids corporel par jour. À titre de comparaison, la dose hebdomadaire provisoirement tolérable du JECFA pour le mercure inorganique est de 4 µg/kg par semaine. La comparaison reste néanmoins limitée, car les chercheurs ont mesuré le mercure total sans préciser sa forme chimique.
Le foie, principal point de vigilance
Les concentrations de mercure les plus élevées ont été relevées dans les foies, entre 798,3 et 845,5 µg/kg, contre un maximum de 2,3 µg/kg dans les muscles. L’évaluation de l’exposition gagnerait donc à distinguer la consommation de chair de celle des abats, dont les quantités ingérées ne sont pas précisées dans l’étude. Cette polémique intervient dans une filière qui redoute depuis longtemps la reprise des importations de volailles congelées, fortement limitées à partir de 2005. Selon l’Ipavic, la production nationale de poulets est passée de 68 millions en 2011 à près de 102 millions en 2026, tandis que celle des œufs a progressé de 2,5 à 2,9 milliards d’unités. L’organisation revendique plus de 320 000 emplois directs et près de 250 000 emplois indirects.
Au-delà de la controverse, une surveillance élargie des produits avicoles permettrait de mieux mesurer l’ampleur de la contamination et de consolider l’évaluation des risques. Les résultats disponibles signalent des concentrations élevées de mercure dans certains foies, sans permettre de généraliser ces observations à l’ensemble de la filière camerounaise.
Jean Luc Atangana



















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