Uranium africain : Un parcours complexe de la mine au combustible nucléaire

Entre autorisations transfrontalières, contraintes de transport et opérations commerciales sans déplacement physique, l’uranium extrait en Afrique traverse une chaîne logistique et industrielle complexe, largement dépendante d’infrastructures situées hors du continent.
L’uranium africain ne rejoint pas directement les centrales nucléaires après son extraction. Son acheminement nécessite plusieurs étapes, depuis le transport du minerai traité jusqu’à sa transformation en combustible. Les difficultés rencontrées par l’australien Lotus Resources au Malawi illustrent les contraintes auxquelles sont confrontés les producteurs du continent.
La semaine dernière, l’entreprise a annoncé préparer sa première expédition depuis la relance de sa mine de Kayelekera. Après avoir obtenu l’autorisation de transit de la Zambie, elle attendait encore le feu vert de la Namibie pour acheminer sa production vers le port de Walvis Bay. Ce changement d’itinéraire fait suite aux difficultés de transport sur la liaison entre Dar es Salaam, en Tanzanie, et Singapour.
Des contraintes logistiques et réglementaires
À sa sortie de la mine, l’uranium est généralement présenté sous forme de concentré, appelé « yellowcake ». Classé parmi les marchandises dangereuses de classe 7, ce produit radioactif doit être conditionné dans des emballages adaptés et transporté selon des procédures strictes. Les opérations nécessitent notamment des contrôles radiologiques, du personnel qualifié et des autorisations réglementaires.
Pour sécuriser son expédition, Lotus s’appuie sur Alistair Group et Orano NPS, spécialiste de la logistique nucléaire. Le nouvel itinéraire prévoit un passage par la Zambie avant l’embarquement à Walvis Bay. Ce port namibien est déjà utilisé pour exporter l’uranium de la mine de Langer Heinrich, exploitée par l’australien Paladin.
Des échanges pour limiter les transports
Les contraintes ne s’arrêtent pas à l’acheminement. En avril, Orano avait accepté les concentrés de Kayelekera, sous réserve d’analyses des premiers envois. En octobre, Lotus a indiqué qu’une partie de sa production initiale ne répondait pas aux spécifications du groupe français et recherchait d’autres acheteurs pour ce stock.
Sur le marché de l’uranium, la propriété du produit peut toutefois être transférée sans déplacer physiquement la matière. Une fois réceptionnée et analysée, une quantité donnée peut être débitée du compte du vendeur et créditée à celui de l’acheteur dans une installation de conversion. Les échanges de localisation permettent également à deux producteurs de substituer leurs stocks situés dans différents pays afin de rapprocher les livraisons des besoins de leurs clients.
Cette pratique réduit les coûts et les déplacements. Dans son rapport 2025, Rössing, en Namibie, décrit des opérations de ce type. Au 30 septembre, Paladin déclarait 450 000 livres d’uranium engagées dans des échanges de localisation, ainsi que 400 000 livres de matière prêtée restant à rembourser.
Une transformation encore largement extérieure à l’Afrique
Après le concentré, la chaîne industrielle se poursuit par la conversion, l’enrichissement et la fabrication du combustible. Pour les réacteurs utilisant de l’uranium enrichi, le concentré est transformé en hexafluorure d’uranium, puis enrichi afin d’augmenter la proportion d’uranium 235. La matière est ensuite façonnée en pastilles céramiques, placées dans des tubes métalliques regroupés en assemblages destinés aux réacteurs.
Malgré ses ressources, l’Afrique reste largement dépendante d’installations de transformation situées à l’étranger. La Namibie figure parmi les principaux fournisseurs mondiaux, aux côtés du Kazakhstan et du Canada. Les projets nucléaires africains, notamment la centrale d’El Dabaa en Égypte, pourraient accroître l’utilisation de cette ressource sur le continent. Toutefois, cette évolution ne garantit pas l’implantation locale des unités de conversion, d’enrichissement et de fabrication du combustible. Pour El Dabaa, l’approvisionnement en combustible russe est prévu pendant toute la durée d’exploitation de la centrale.
Albert BOMBA



















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