Gouvernance forestière : Nouveau cap, nouvelles ambitions pour le Bassin du Congo

0
9

Face à l’urgence environnementale, la Commission des forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) réinvente sa boussole stratégique. Son Plan de convergence de troisième génération change d’ère pour transformer les promesses politiques en résultats concrets sur le terrain. Et pour mieux protéger le bassin du Congo, l’organisation panafricaine met un cap décisif sur une gestion forestière plus moderne, mieux financée et résolument tournée vers l’impact concret. 

La Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) franchit une nouvelle étape dans la définition de sa stratégie pour la prochaine décennie. Après dix années de mise en œuvre du Plan de Convergence 2015-2025, l’organisation sous-régionale a réuni, les 17 et 18 septembre 2026 à son siège à Yaoundé, les principales parties prenantes autour du Forum sous-régional de validation du Plan de Convergence 2026-2035 (PC3).

Instrument de référence pour l’harmonisation des politiques forestières et environnementales en Afrique centrale, le Plan de Convergence vise à permettre aux États membres, aux institutions régionales, aux partenaires techniques et financiers et aux autres acteurs d’inscrire leurs interventions dans une vision commune en faveur de la conservation et de la gestion durable des écosystèmes forestiers. Le nouveau PC3 intervient dans un contexte marqué par de profondes mutations aux niveaux sous-régional, africain et international.

Un plan face à de nouveaux défis

Le Plan de Convergence 2026-2035 capitalise les acquis et les enseignements du précédent cycle, tout en intégrant plusieurs préoccupations émergentes. Parmi celles-ci figurent la déforestation et la dégradation des écosystèmes, l’érosion de la biodiversité, les changements climatiques et la nécessité d’accroître la contribution des ressources forestières au développement économique, mais également besoins de développement économique, de sécurité alimentaire, d’emplois et d’amélioration des conditions de vie de nos populations.

​Pour Jules Doret Ndongo, ministre de la Forêt et de la Faune « Ces défis s’inscrivent dans un contexte international marqué par des engagements et des mécanismes nouveaux en faveur du climat, de la biodiversité et des Forêts. Face à ces transformations, l’Afrique Centrale doit porter ses propres priorités et mieux valoriser sa contribution exceptionnelle aux équilibres écologiques de notre planète. Le bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical au monde, constitue à la fois un patrimoine naturel d’importance planétaire et un précieux capital pour le développement de nos États et de nos populations. Notre défi collectif est donc de conserver ce patrimoine exceptionnel tout en le transformant davantage en opportunités de développement durable, de création de richesses et d’emplois verts » a-t-il affirmé lors de son discours.

La mobilisation encore insuffisante des financements constitue également un enjeu central, au même titre que l’inclusion sociale, la sécurité alimentaire, la recherche, l’innovation et la transformation des économies de la sous-région. Le PC3 est par ailleurs inscrit dans les principaux engagements internationaux et africains, notamment le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, l’Accord de Paris, les Objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le nouveau document stratégique repose sur quatre axes stratégiques et 36 cibles. Il est complété par un Programme Régional d’Investissement (PRI) 2026-2030, présenté comme le principal instrument de programmation et de mobilisation des investissements. Celui-ci regroupe 17 programmes structurants, combinant des programmes existants, des initiatives en développement et de nouvelles interventions destinées à répondre aux priorités émergentes de la sous-région.

Une validation technique avant l’appropriation politique

Le forum de Yaoundé constitue l’aboutissement du processus d’élaboration du PC3. Une première restitution avait été organisée le 14 août 2026 auprès des partenaires techniques et financiers. Cette rencontre avait permis de présenter le projet, de recueillir les observations et recommandations des participants et de renforcer leur adhésion à la future mise en œuvre du Plan.

Durant les deux jours de travaux, les participants ont été appelés à examiner successivement le cadre stratégique, le plan opérationnel et le Programme Régional d’Investissement, puis le dispositif de gouvernance, de mise en œuvre, de performance et de redevabilité.

La première journée a notamment porté sur les enseignements du Plan de Convergence 2015-2025, la vision à l’horizon 2035, les innovations introduites ainsi que les quatre axes stratégiques et les 36 cibles. Les échanges se sont ensuite concentrés sur le plan opérationnel 2026-2030, les 17 programmes structurants, les besoins d’investissement et la stratégie régionale de mobilisation des ressources.

La deuxième journée a été consacrée au cadre de gouvernance et de mise en œuvre. Les discussions ont notamment concerné la gouvernance institutionnelle, le suivi-évaluation, la gestion de la performance, les risques et la résilience institutionnelle. Les participants ont également examiné la cohérence d’ensemble du PC3 et formulé les recommandations finales avant la validation des principales conclusions techniques.

Vers une mobilisation accrue des investissements

Au-delà de la validation technique, l’enjeu consiste désormais à créer les conditions nécessaires à l’appropriation politique et au démarrage effectif de la mise en œuvre du Plan. Le forum devait ainsi déboucher sur une feuille de route précisant les prochaines étapes, notamment en matière de mobilisation des acteurs et des ressources. « Aujourd’hui, nous sommes arrivés à la troisième version de ce plan pour la période 2026-2035, où d’énormes amendements y ont été apportés aussi bien dans la démarche méthodologique, à travers une large consultation de tous les acteurs, mais surtout de la restructuration de ce document, tout en capitalisant les acquis et les enseignements des précédentes périodes » a a affirmé Hervé Martial Maidou, Secrétaire exécutif de la Comifac.

L’organisation du forum a bénéficié de l’appui financier du Programme d’impact sur les paysages durables du Bassin du Congo, exécuté par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et financé par le FEM-7. À l’issue des travaux, une feuille de route devait être élaborée et validée, avant la finalisation du PC3 et son appropriation politique.

Avec ce nouveau cadre couvrant la période 2026-2035, la COMIFAC entend ainsi disposer d’un instrument permettant de traduire ses orientations stratégiques en actions et investissements, avec un dispositif de gouvernance, de performance et de redevabilité destiné à favoriser des résultats concrets au bénéfice des États membres et des populations d’Afrique centrale.

Albert BOMBA 

Leave a reply