Trafic de la corne de rhinocéros : Comment les éleveurs privés tentent de légaliser le business

Un rapport alarmant de l’EIA met en lumière l’offensive judiciaire d’un grand propriétaire terrien sud-africain. En s’engouffrant dans une brèche de la réglementation internationale, les éleveurs privés menacent de ruiner des décennies de lutte contre le braconnage.
Le bras de fer est désormais public et ses conséquences pourraient être catastrophiques pour la biodiversité mondiale. Selon un rapport d’enquête publié le 4 mai 2026 par l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA), les éleveurs de rhinocéros en Afrique du Sud déploient des stratégies juridiques agressives pour contourner l’interdiction internationale du commerce de la corne de rhinocéros, en vigueur depuis des décennies.
Au cœur de cette tempête politico-juridique se trouve Hendrick « Wicus » Diedericks, propriétaire de la réserve privée de Rockwood. Ce dernier a intenté un procès au gouvernement sud-africain afin de l’obliger à valider l’exportation d’un stock de 502 cornes de rhinocéros. Les destinations visées ? Un réseau de clients potentiels répartis dans huit pays dont le Canada, la Chine, la RAS de Hong Kong, le Japon, le Laos, la Mongolie, les États-Unis et le Vietnam.
L’EIA a pu consulter les documents officiels contenant l’identité et les coordonnées des acheteurs présumés, fournis par Diedericks aux autorités. Les conclusions des enquêteurs de l’ONG sont sans appel. Pour plusieurs importateurs, les informations fournies s’avèrent incomplètes ou manifestement inexactes. Pour d’autres profils, la nature et la localisation géographique de la destination finale laissent fortement craindre que ces cornes n’alimentent, in fine, les réseaux du commerce illégal.
Pour les experts de la conservation, l’autorisation d’une telle transaction commerciale et médicinale ouvrirait la boîte de Pandore. Elle stimulerait massivement la demande mondiale, affaiblirait les protocoles de contrôle douanier et provoquerait, par effet de ricochet, une explosion du braconnage des populations de rhinocéros sauvages, déjà exsangues.
Pour légitimer sa démarche, l’éleveur s’appuie sur une subtilité hautement controversée du droit international : l’article VII, paragraphe 5 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). En principe, cette clause offre une exemption aux règles standard. Elle permet de s’affranchir des permis d’exportation habituels si l’animal a été élevé en captivité à des fins non commerciales.
Sous couvert d’un simple certificat d’élevage, ces spécimens peuvent ensuite être vendus librement à l’étranger, court-circuitant les mécanismes de contrôle essentiels, tels que les avis de constatation de non-préjudice pour l’espèce.
La position de Diedericks frise le paradoxe. Alors que sa réserve de Rockwood tire profit de la vente de chasses aux trophées de rhinocéros, il soutient que ses animaux relèvent d’un élevage non commercial. Par conséquent, il estime que le produit de l’écornage de ses bêtes doit pouvoir être exporté en toute légalité.
De son côté, le gouvernement sud-africain maintient une ligne ferme : Pretoria n’applique pas cette exemption spécifique, raison pour laquelle l’article VII(5) n’a jamais été transposé dans la législation nationale d’application de la CITES.
Pourtant, la justice a vacillé. En octobre 2025, la Haute Cour du Cap-Nord a donné raison à l’éleveur, provoquant un véritable séisme au sein de la communauté internationale de la conservation. Cette décision crée un précédent juridique extrêmement dangereux, rapprochant Diedericks d’une autorisation d’exportation historique.
Bien que l’État sud-africain ait immédiatement fait appel, la bataille ne fait que commencer. En avril 2026, la procédure suivait son cours dans les méandres du système judiciaire. Quel que soit le verdict de la cour d’appel, les observateurs s’attendent à ce que le dossier soit renvoyé devant la Cour constitutionnelle pour un arbitrage définitif. L’avenir des derniers grands mammifères d’Afrique se joue désormais dans les prétoires.
Albert BOMBA



















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