Biodiversité : Marina Kameni porte la voix camerounaise sur la scène internationale

L’herpétologue camerounaise Marina Kameni vient d’entrer dans l’histoire en remportant le prestigieux Whitley Award 2026. À la tête de son ONG « Herp Conservation Cameroon », elle mène une lutte acharnée pour sauver les amphibiens du Mont Manengouba, entre reboisement, élevage de lapins et éducation des plus jeunes.

Au cœur du Mont Manengouba, volcan éteint à la frontière entre le Littoral et le Sud-Ouest du Cameroun, une petite grenouille nommée Conraua robusta affectueusement appelée « Essalé » par les locaux joue sa survie. En 25 ans, les populations d’amphibiens de cette région ont chuté de 70 %, victimes de la déforestation et des pesticides. Face à ce désastre écologique, Marina Kameni a décidé d’agir.

Tout commence en 2019, lorsque Marina Kameni croise en Afrique du Sud Caleb Ofori Boateng, un herpétologue ghanéen de renom. Sous son aile, elle apprend les codes de la conservation communautaire et fonde, en 2022, Herp Conservation Cameroon. Son travail porte aujourd’hui ses fruits. L’herpétologue est devenue, en 2026, la première femme camerounaise à recevoir un Whitley Award, une distinction mondiale souvent comparée à un Oscar Vert.

Une conservation guidée par le savoir local

Loin des méthodes descendantes, Marina Kameni a bâti son projet sur l’écoute des communautés Mbororo et des villages Ntsoung. « Nous sommes guidés par ce que ces communautés nous proposent », confie-t-elle à Mongabay. Pour protéger les grenouilles, extrêmement sensibles à la pollution des sols et de l’eau, l’ONG déploie des solutions concrètes notamment l’urine de lapin comme engrais pour réduire l’usage des pesticides chimiques. L’ONG a créé un champ témoin de plantains fertilisé avec des produits bio (neem, urine de lapin). Après un succès immédiat, des jeunes du village ont lancé un élevage de lapins pour fournir cette matière première.

Une autre solution c’est la culture de Brachiaria pour le bétail. Chez les pasteurs Mbororo, le bétail souille souvent les cours d’eau en forêt. La solution est de cultiver du Brachiaria (plante fourragère) autour des habitations pour limiter les déplacements des bêtes et préserver les sources d’eau.

Restaurer la forêt pour contrer les champignons tueurs

Outre la pollution, une autre menace plane : la chytridiomycose, un champignon mortel pour les amphibiens qui se propage avec la hausse des températures due à la déforestation. La réponse de Marina Kameni est radicale : reboiser 200 hectares de forêt dégradée. En restaurant la canopée, l’ONG crée un microclimat frais sous le feuillage, permettant aux jeunes grenouilles de survivre et de résister à la maladie.

L’un des plus grands défis de Marina Kameni reste culturel. Dans de nombreuses traditions, les grenouilles et les crapauds sont perçus comme des créatures sataniques ou effrayantes. Grâce au programme « Frogs and Kids » et à l’« Amphibian Champions Week », elle transforme la peur en curiosité scientifique. « Aujourd’hui, un enfant Mbororo est capable de capturer un amphibien et de faire la différence entre une grenouille et un crapaud sans avoir peur », se réjouit-elle.

Pour Marina Kameni, ce prix Whitley n’est pas une fin, mais un tremplin. Elle espère que son parcours inspirera une nouvelle génération de scientifiques camerounais à se tourner vers l’herpétologie, une science encore trop méconnue, mais vitale pour l’équilibre des écosystèmes du pays.

Albert BOMBA

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