Lutte contre le paludisme : 52 % des patients déclarent avoir payé leur traitement malgré la gratuité

Selon une enquête menée par l’ONG Impact Santé Afrique au sein des communautés, 52 % des habitants des districts de santé de Doumé, Maroua 3 et Mifi déclarent avoir payé pour le traitement du paludisme au premier trimestre 2026. Plus préoccupant encore, 53 % affirment avoir également déboursé de l’argent pour effectuer un test de dépistage, alors même que ces prestations sont censées être gratuites pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
Ces chiffres, issus des Bulletins de la veille communautaire sur le paludisme (CLM Palu) n°4 et n°5 du Projet Équité Accès Palu (EAP), mis en œuvre par l’ONG Impact Santé Afrique, mettent en évidence le décalage persistant entre les politiques publiques de gratuité et leur application sur le terrain. Bien que des progrès soient observés dans la prévention et la sensibilisation, l’accès effectif aux soins demeure un défi pour de nombreuses communautés.
L’enquête révèle que malgré une bonne connaissance des mesures de gratuité, les populations continuent de supporter des dépenses pour bénéficier des services de lutte contre le paludisme. Les personnes interrogées attribuent cette situation principalement au refus de certains personnels de santé d’appliquer la gratuité (39 %), à la méconnaissance des dispositions en vigueur par les usagers (34 %) ainsi qu’aux ruptures de stocks de médicaments et de tests de diagnostic (27 %).
Ces résultats traduisent certes une amélioration par rapport au second semestre 2025, période durant laquelle 62 % des populations vulnérables avaient déclaré avoir payé leur traitement et 64 % leur test de dépistage. Toutefois, plus d’un usager sur deux continue de débourser de l’argent pour accéder à des prestations officiellement gratuites, ce qui constitue un frein important à la prise en charge rapide de la maladie.
Au-delà de cette problématique, les bulletins mettent également en évidence plusieurs avancées dans la lutte contre le paludisme. L’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILDA) reste particulièrement élevée. Au premier trimestre 2026, 96 % des populations vulnérables possédant une moustiquaire déclarent avoir dormi sous celle-ci la nuit précédant l’enquête.
Le suivi de la campagne nationale de distribution des MILDA montre également des taux de couverture encourageants : 100 % à Maroua 3, 99,5 % à Mokolo, 86,5 % à Mifi et 77 % à Doumé. Dans ce dernier district, les écarts s’expliquent principalement par les déplacements saisonniers des populations autochtones.
Les actions de sensibilisation progressent également. Désormais, 80 % des populations vulnérables déclarent avoir reçu des informations sur le paludisme, contre 72 % au second semestre 2025. Les agents de santé communautaires polyvalents demeurent les principaux relais de cette communication, devant la radio, les réunions communautaires et les affiches.
Les initiatives de plaidoyer conduites par la société civile produisent également des résultats concrets. Elles ont notamment permis l’intégration des orphelinats dans la campagne nationale de distribution des moustiquaires, avec 130 MILDA distribuées dans dix orphelinats. À Doumé, chaque ménage Baka des campements ciblés a reçu au moins une moustiquaire grâce à la mobilisation des organisations communautaires locales.
Dans le district de Maroua 3, plusieurs actions ont été menées au profit des personnes déplacées internes et des personnes handicapées, notamment la distribution de 350 radios solaires, de 160 kits d’hygiène ainsi que de 60 manteaux destinés aux agents de santé communautaires afin de renforcer leurs interventions sur le terrain.
Les Bulletins CLM Palu soulignent enfin que les formations sanitaires publiques restent le premier recours des ménages en cas de paludisme. Ils rappellent également que le Cameroun poursuit le renforcement de sa stratégie de prévention avec l’introduction du vaccin contre le paludisme dans 42 districts de santé depuis 2024.
À travers ces résultats, la veille communautaire confirme que si les efforts de prévention portent leurs fruits, l’application effective de la gratuité des soins demeure l’un des principaux défis à relever pour garantir un accès équitable aux services de lutte contre le paludisme au Cameroun.
Albert BOMBA



















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