Agriculture bio en Afrique : Entre défi réglementaire européen et percée sur le marché américain

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Le rapport 2026 du FiBL, « The World of Organic Agriculture », révèle un tournant historique : pour la première fois depuis 2011, les superficies certifiées bio sur le continent ont reculé. Ce repli technique cache cependant une montée en puissance de la valeur des exportations et une structuration profonde des filières.

La baisse de 600 000 hectares (soit -17,6 %) enregistrée en 2024 s’explique principalement par l’entrée en vigueur des nouvelles normes de l’Union européenne. L’UE impose désormais aux pays tiers les mêmes standards que ceux appliqués aux producteurs européens, mettant fin à la reconnaissance des normes locales jugées comparables. Ce durcissement a contraint les organismes de certification à radier les terres ne répondant pas strictement aux nouvelles exigences de traçabilité et de conformité.

Quatre pays dominent toujours le paysage bio africain notamment l’Ouganda leader avec 505 308 ha, le Burkina Faso avec 251 000 ha, l’Éthiopie 227 000 ha et le Togo 225 000 ha.

Des exportations en croissance malgré la contraction des terres

Paradoxalement, les volumes exportés ont progressé de 7,6 % pour atteindre 687 395 tonnes en 2024. Cette dynamique est portée par une diversification des débouchés. Les États-Unis ont augmenté leurs achats de 24,4 % (258 550 tonnes), compensant la stagnation du marché européen (-0,4 %).

Avec plus de 340 000 tonnes et près de 50 % des exportations biologiques africaines, le soja et les produits dérivés du soja constituaient le principal groupe de produits agricoles bio exportés, suivi par les huiles végétales (63 000 tonnes, principalement de l’huile d’olive) et la banane (48 000 tonnes). Le principal exportateur africain demeure le Togo, qui expédie principalement du soja et ses dérivés, suivi par la Tunisie réputée pour son huile d’olive, et le Ghana qui se distingue par ses expéditions de bananes.

Vers une transformation institutionnelle et durable

Au-delà des chiffres de production, l’année 2025 marque une accélération de l’ancrage politique du bio sur le continent. 14 pays disposent désormais de politiques en faveur de l’agroécologie, contre seulement 5 en 2022 ; 42 universités africaines proposent désormais des cursus dédiés à l’agriculture biologique ; le déploiement des Participatory Guarantee Systems (PGS) a déjà permis de certifier 1 326 agriculteurs fin 2025, offrant une solution plus accessible que la certification internationale pour les marchés locaux et régionaux.

Françoise ESSONO

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