Lutte contre le paludisme au Cameroun : Le défi de l’union sacrée entre les ministères

Pour éradiquer le paludisme d’ici 2030, Yaoundé mise désormais sur la multisectorialité. Dans cet entretien, Oumarou Ngambi, responsable de la communication au Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) détaille comment la stratégie nationale quitte le giron exclusif de la Santé pour impliquer tous les autres ministères et les collectivités locales.
Comment l’approche multisectorielle est-elle intégrée dans le plan stratégique national et la lutte contre le paludisme au Cameroun ?
Le plan stratégique national, c’est quatre piliers. Et le pilier 1, qui est sur l’engagement politique au niveau national et au niveau communautaire, prend en compte les interventions qui sont dictées dans l’agenda de la multisectorialité. Dans l’agenda de la multisectorialité, il est question de renforcer les capacités des sectoriels à divers niveaux, tant au niveau des secteurs apparentés dans la lutte contre le paludisme, les secteurs privés, les collectivités décentralisées, et même le secteur communautaire, à s’impliquer, à s’engager, à mettre en œuvre des actions majeures qui peuvent contribuer à l’intervention du paludisme. Donc, c’est tout naturellement que le pilier 1 capte les activités des sectoriels.
Existe-t-il une plateforme formelle de coordination interministérielle pour le suivi des indicateurs du paludisme ?
Le comité interministériel pour la coordination et le suivi de la mise en œuvre des engagements du Cameroun dans le cadre de la lutte contre le paludisme a été créé en décembre 2024 avec le but de coordonner et de suivre la mise en œuvre des interventions des sectoriels, mais également la mobilisation des ressources dans le cadre de l’élimination du paludisme.
En ce qui concerne les indicateurs, il y a plusieurs activités et actions qui ont été mises en œuvre par ces structures. Premièrement, une priorité a été mise dans la désignation des équipes focales des sectoriels. Ensuite, nous nous sommes, avec l’appui de certains partenaires, focalisés sur la formation, le renforcement des capacités dans l’élaboration des plans d’action opérationnels. Ces plans d’action opérationnels disposent des axes qui permettent de décliner des indicateurs de performance, adossés évidemment à la durée du plan stratégique qui s’estompe en 2028, et comme le secrétaire permanent le disait, qui vont se réaligner aux exigences d’élimination du paludisme entre 2026 et 2030.
Donc, c’est tout naturellement aussi que les plans d’actions opérationnels disposent de cadres de suivi d’évaluation avec des indicateurs et des cibles précises pour chaque sectoriel pour pouvoir mener à bien les actions, mais également permettre l’évaluation des objectifs des cibles qui ont été définis dans le cadre du plan stratégique national.
Comment le programme scolaire intègre-t-il aujourd’hui la sensibilisation sur le paludisme et quel est l’impact observé chez les jeunes aujourd’hui ?
Il faut dire que bien que le plan stratégique national de lutte contre le paludisme ait prévu des dispositions, par exemple sur l’éducation à la prévention à travers les réseaux de l’éducation nationale, l’enseignement professionnel et du reste, on a eu quand même quelques difficultés à pouvoir faire décoller le projet.
Aujourd’hui, nous avons élaboré, par exemple, des supports de sensibilisation à travers les bandes dessinées, également à travers d’autres outils appropriés aux enfants de moins de 15 ans, par exemple. Ce sont des supports éducatifs qui incitent à la promotion des comportements sains de prévention. Il ne reste qu’au-delà de la production, il va falloir passer à la prochaine étape d’utiliser ces outils pour sensibiliser et éduquer ces cibles sensibles que sont les enfants en âge scolaire, à pouvoir adopter des comportements sains en faveur de la lutte contre le paludisme, pourquoi pas les promouvoir dans le milieu familial, également dans le milieu scolaire.
Dans le cadre du plan stratégique qui est en cours de lancement, on vous a fait savoir que le plan stratégique 2024-2028 connaîtra au terme de la révision du parcours, un adossement aux stratégies mondiales pour essayer de prendre en compte ces enjeux. On aura un plan stratégique 2026-2030 qui sera adossé aux documents stratégiques mondiaux, également aux différents enjeux de l’élimination du paludisme, tels que promis par les organisations internationales.
Quels sont les principaux obstacles aujourd’hui qui freinent la pleine mise en œuvre de la collaboration multisectorielle ?
Les difficultés, il peut y en avoir : la mobilisation de tous les sectoriels, l’engagement de tous les sectoriels. On a un peu de peine à mobiliser en un camp tout le monde. Au départ, on a 23 sectoriels qui sont engagés, il n’y a que neuf qui ont pu disposer, au terme de plusieurs actions de plaidoyer de plans d’action opérationnels.
Il y a déjà des points focaux ; dans le département on en a presque 17. Mais également, il faut que tous les sectoriels puissent développer des plans d’action opérationnels, il faut que tous les sectoriels puissent être renforcés dans leur capacité à pouvoir mener des actions. Il y a des sectoriels qui manquent à l’appel. Il y a les CTD qui doivent joindre le cadre multisectoriel, mais il y a aussi le secteur privé qui traîne le pas.
Il y a plusieurs actions qui doivent être développées pour que tous les sectoriels puissent être partie prenante des engagements de la lutte contre le paludisme, mais également, que le processus de renforcement des capacités, ainsi que l’élaboration des plans d’action opérationnels, puissent suivre son cours pour tous les sectoriels qui doivent mener des activités d’élimination du paludisme.
Avec l’introduction du vaccin contre le paludisme au Cameroun, comment l’approche multisectorielle devrait-elle évoluer pour garantir le succès de la vaccination ?
Il faut dire que l’approche d’intervention sur la vaccination concerne les enfants et c’est mis en œuvre seulement dans 42 districts de santé. Vous comprenez qu’on est allé dans la sélection des districts à lourd fardeau et cela continue. Il y a une interpellation en matière de promotion du comportement en faveur de la promotion du vaccin. Ça, c’est dans les familles.
Vous voyez que le ministère de la Promotion de la femme et de la famille trouve son compte ici également. Il y a des actions qui doivent être faites pour sensibiliser les parents, les ménages, les sites pilotes par exemple. Mais on peut aller plus loin également. Ça peut être un autre secteur qui peut développer des actions pour promouvoir l’accès à ces services par les ménages, mais également les autres acteurs qui peuvent promouvoir les actions de plaidoyer avant la promotion du vaccin.
Quel indicateur de performance permet aujourd’hui de dire que l’approche multisectorielle progresse au Cameroun ?
Il y a un cadre multisectoriel ; avant, il n’en existait pas. Avant, les plans stratégiques ne captaient pas les activités sectorielles. C’est capté dans le cadre multisectoriel et définitivement intégré dans le plan stratégique 2024-2028 et ça va être le cas dans le plan stratégique 2026-2030, après les activités de la revue.
Alors après le cadre multisectoriel, on a l’équipe focale. C’est un gage d’opérationnalité que d’avoir les équipes focales qui s’occupent du suivi des plans d’action opérationnels dans les services des sectoriels. Mais aussi, au-delà de ça, il y a les plans d’action opérationnels.
En dehors du plan d’action opérationnel, il y a le plan de travail annuel qui guide la mise en œuvre des activités validées par les sectoriels. Et évidemment, on a des réunions de suivi sectoriel. On a la revue annuelle avec le programme pour essayer d’apprécier les indicateurs de performance qui sortent des plans de travail annuels de chaque secteur.
Si vous devez identifier une priorité absolue pour renforcer l’impact de ces actions transversales d’ici 2030, quelle serait-elle ?
Je pense qu’il faut renforcer l’engagement des sectoriels par la promotion des activités adaptées à chaque secteur, parce que chaque secteur a des activités poignantes qui doivent être développées pour évoluer vers l’élimination du paludisme. L’éducation doit promouvoir les actions de prévention chez les cibles scolaires. Les familles doivent promouvoir des comportements sains au niveau des ménages pour faciliter l’accès des ménages aux produits et aux services de lutte contre le paludisme. Vous avez les indicateurs sur l’accès aux différents services, ça n’a pas encore atteint les 80 % qui sont projetés par le plan stratégique. On peut aller plus loin. Il y a des mécanismes d’utilisation de certains services par des ménages. On nous fait savoir que les moustiquaires sont utilisées à contre-courant (à contre-emploi).
On peut prendre des mesures d’engagement par les autorités pour essayer de mettre fin à ce genre de pratiques. Il y a tellement d’actions qui peuvent être menées par les sectoriels pour concourir à l’élimination du paludisme. Je crois que chaque secteur a sa spécificité.
Propos recueillis par Albert BOMBA



















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