Maraîchage au Cameroun : Face au chaos climatique, l’heure de la résistance agronomique

Entre pluies imprévisibles et thermomètres en folie, les jardiniers du Cameroun voient leurs récoltes menacées. Des bas-fonds du Septentrion aux serres high-tech du Sud, enquête sur ces producteurs qui réinventent l’agriculture pour ne pas disparaître.
Le constat est sans appel et les visages des agriculteurs ne trompent pas : le calendrier agricole camerounais, autrefois réglé comme du papier à musique, appartient au passé. Aujourd’hui, le maraîchage pilier de la sécurité alimentaire urbaine est en première ligne d’une guerre climatique qui ne dit pas son nom.
Pour Roger Tchoubou, ingénieur agronome au ministère de l’Agriculture (Pnapcm), les signaux sont au rouge. « Il y a une baisse des rendements, la désorganisation des calendriers agricoles due à des précipitations irrégulières, l’augmentation des sécheresses dans le Septentrion et des inondations dans le Littoral, menant à des pertes économiques significatives, des risques de malnutrition et une plus grande vulnérabilité des petits exploitants agricoles à l’instar des producteurs maraîchers », affirme-t-il.
Entre la sécheresse qui brûle le Septentrion et les inondations qui noient le Littoral, les pertes économiques s’accumulent. Le rapport du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) confirme cette dégradation. Au-delà des rendements en chute libre, c’est la qualité même des fruits qui s’altère. Goût, texture, nutriments… le climat modifie l’ADN des assiettes.
Le Système D et l’agroécologie : Les sentinelles de la terre
Face à l’adversité, les producteurs ne restent pas les bras croisés. À travers le pays, des stratégies de résilience émergent, mêlant savoirs ancestraux et bon sens agronomique.
À Gazawa, dans l’Extrême-Nord, Lucie Maidoba, productrice d’oignons et de tomates a choisi de rompre le lien de dépendance avec le ciel. En exploitant les bas-fonds irrigués, elle sécurise sa production d’oignons et de tomates. Sa méthode ? Une hygiène de fer. « Pour surmonter ces difficultés, j’exploite prioritairement les bas-fonds irrigués, afin de ne plus dépendre des pluies. J’ai opté pour les traitements phytosanitaires préventifs, afin d’éviter les maladies et les ravageurs. Après les récoltes, j’anticipe en désinfectant le sol et les résidus des cultures, pour tuer des chenilles et d’autres insectes à leur état larvaire » a-t-expliqué à Mongabay.
À Mfou, près de la capitale, Julien Azombo, producteur de piment, pastèque et laitue explique qu’il mise sur le paillage. En recouvrant ses sols, il crée un microclimat qui retient l’humidité, réduisant ainsi l’évapotranspiration. Pour la défense, pas de pesticides chimiques : des buissons de citronnelle font office de répulsifs naturels contre les insectes.
À l’Ouest, Makoge Kamta un maraîcher du village Xavion près de Mbouda à l’Ouest du Cameroun, transforme ses parcelles en vergers étagés. En plantant des bananiers et des arbres fruitiers au milieu de ses légumes, il offre à ses cultures une ombre salvatrice. « Avoir un peu d’ombre dans les champs et des sols vivants, n’ayant pas été fragilisés par l’utilisation d’engrais chimiques, permet à mes cultures maraîchères d’être plus résilientes face à l’adversité climatique. Ce qui n’est pas le cas chez les agriculteurs voisins œuvrant dans l’agriculture conventionnelle », affirme-t-il.
La serre : La nouvelle frontière technologique
Pour des produits fragiles comme la tomate-cerise ou les fraises, le plein champ est devenu un suicide économique. Vidal Njeufack, expert basé à Douala, décrit la serre comme une armure. Elle protège du vent, des pluies diluviennes et, surtout, des maladies. Mais cette technologie a un prix en ressources : « Pour 500 m^2, il faut entre 1 800 et 3 500 litres d’eau par jour », précise-t-il. Le goutte-à-goutte élimine tout gaspillage par ruissellement.
L’eldorado des cultures exotiques
Pour rentabiliser ces installations coûteuses, les producteurs comme Paulette Abenkou à Sangmélima ou Parfait Ntougwe à Bangangté se tournent vers des marchés de niche notamment le poivrons de couleur (jaunes, rouges), les fraises, les tomates de qualité supérieure.
L’arsenal de protection est impressionnant : pédiluves à l’entrée, pièges à phéromones, et grillages anti-insectes. Résultat, des produits “zéro défaut”, sans piqûres, calibrés pour les grandes surfaces et disponibles toute l’année, faisant fi des saisons.
L’autonomie par l’innovation locale
Le coût reste le principal obstacle. Pourtant, l’ingéniosité camerounaise frappe encore. Pour réduire la facture, certains utilisent des bambous de Chine ou du bois local pour l’ossature des serres.
Plus impressionnant encore, l’auto-formation explose. « On a appris à monter nos serres sur YouTube », confie Paulette Abenkou. Une preuve supplémentaire que si le climat change, l’agriculteur camerounais, lui, évolue plus vite encore pour nourrir le pays.
Albert BOMBA
Crédit image : Mongabay Afrique



















Green And Health news a été crée afin de contribuer au developpement médiatique au Cameroun.