Foire des Semences Paysannes : 2 000 femmes rurales formées à la vigilance climatique

En marge des étals de semences paysannes, l’organisation JVE Cameroun a profité de la grande messe agricole pour former plus de 2 000 femmes au Mécanisme de Recours Indépendant (MRI) du Fonds Vert pour le Climat. Un enjeu de justice sociale au cœur de la transition écologique.

​Le tumulte habituel de la Foire des Semences Paysannes (FOSPAC) a pris, ce 1er mars 2026, une coloration singulièrement politique. Entre les sacs de maïs local et les échanges de savoirs ancestraux, l’organisation Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE) Cameroun a transformé son stand en une tribune d’éducation civique et climatique. L’objectif : briser le silence autour du Mécanisme de Recours Indépendant (MRI) du Fonds Vert pour le Climat (FVC).

​Les femmes rurales, sentinelles de la terre et des droits

​Pour Effa Ngono, chef de projet à JVE Cameroun, le choix de ce rassemblement n’est pas le fruit du hasard. La FOSPAC est l’épicentre de la souveraineté alimentaire au Cameroun, réunissant des milliers de productrices dont la survie dépend directement de la gestion des ressources naturelles. « Les femmes sont très souvent victimes de violences de toutes sortes. Il est crucial qu’elles sachent que les projets financés par le Fonds Vert pour le Climat disposent d’un mécanisme de recours indépendant », martèle Effa Ngono.

​Si le Fonds Vert pour le Climat finance des projets d’envergure pour aider les nations à s’adapter au dérèglement climatique, ces initiatives ne sont pas sans risques pour les populations locales (déplacements, accès restreint aux terres, impacts environnementaux imprévus). Le MRI est précisément l’outil conçu pour que ces voix, souvent inaudibles depuis les bureaux de l’aide internationale, puissent porter leurs griefs et obtenir réparation.

​Une pédagogie de proximité contre le jargon institutionnel

​Loin des amphithéâtres feutrés, JVE Cameroun a misé sur une stratégie de « sensibilisation live ». Pour toucher les 2 000 femmes présentes, l’équipe a déployé un arsenal pédagogique adapté pour l’abandon du jargon technique au profit d’échanges directs ; l’utilisation de bandes dessinées et de guides illustrés issus du projet IRM CSO Advocacy Grants.

En ciblant les leaders de groupements agricoles, chaque femme sensibilisée devient une ambassadrice capable de relayer l’information dans son village. Cette approche transforme le MRI d’un concept abstrait en un outil de protection concret et accessible.

​Un acte politique : De la bénéficiaire à l’actrice

​En s’installant au cœur de la FOSPAC — lieu de résistance et de dignité paysanne — JVE Cameroun opère un changement de paradigme. Il ne s’agit plus de voir la femme rurale comme une simple « bénéficiaire » passive de l’aide climatique, mais comme une titulaire de droits à part entière.

​Cette initiative, qui s’inscrit dans un programme de plaidoyer soutenu par le MRI lui-même, vise trois piliers essentiels notamment faire connaître le rôle et les procédures du MRI ; autonomiser les communautés et en particulier les femmes affectées par les projets climatiques ; et ancrer les principes de redevabilité, de transparence et d’inclusion comme socle non négociable de toute action climatique.

​Alors que la foire ferme ses portes, l’action de JVE Cameroun résonne comme une promesse de vigilance. En informant ces « gardiennes de la terre », l’organisation assure que les projets climatiques de demain devront se faire avec elles, ou ne se feront pas. À la FOSPAC, une nouvelle graine a été plantée : celle de la connaissance, dont la récolte se mesurera à l’aune de la justice sociale dans nos campagnes.

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